Péage, pauvreté et sous-développement (Par Oumar Sylla)

Dakarmidi – Dans la nouvelle et lointaine banlieue ,vers Sebikotane , Alpha (*)venait juste d’étrenner sa nouvelle maison ,construite après de dures années de labeur .Il venait ainsi de réaliser son rêve de se débarrasser du fardeau d’un loyer d’habitation qu’il a supporté stoïquement durant près de deux décennies ;s’y ajoute la joie de se réveiller dans un chez soi vraiment à soi.

Après trois mois de jouissance de sa nouvelle maison,Alpha voit sa situation financière se détériorer paradoxalement . L’économie réalisée sur le loyer a été complètement absorbé par les charges de péage sur l’autoroute qu’il emprunte deux fois par jour .
A cela s’ajoute le carburant supplémentaire induit par les 2 fois 20 km supplémentaires qu’il effectue désormais chaque jour pour rallier son lieu de travail et les deux heures de temps de routes supplémentaires.

Après 6 mois de pratique,Alpha se résolut à revenir à sa location initiale en deçà de l’autoroute ,abandonnant sa nouvelle maison , son déménagement s’ étant traduit une perte financière nette .

Les travailleurs qui empruntent deux par jour le péage pour aller travailler au delà de l’autoroute ,ont du renégocier leurs salaires pour tenir compte du cout du péage, entrainant une augmentation des charges de l’entreprise et grevant sa compétitivité. Ce qui amène les entreprises ,dont la zone d’implantation ou de délocalisation optimale se situe au delà de l’autoroute ,à s’interroger sur leurs perspectives de redéploiement et développement.

Le péage est cher ,reprennent en choeur tous les usagers ,à juste raison .Il appauvrit .
Pire ,il contrarie l’aménagement optimal du territoire et hypothèque le logement social qui ne peut aujourd’hui se développer qu’au delà de l’autoroute ,particulièrement dans le triangle Rufisque _Thies – Mbour.

Il hypothèque tout simplement le développement de notre pays.On évoque une baisse prochaine du tarif. Cela n’est pas une solution. La solution , c’est le rachat pur et simple du contrat et l’adoption d’un tarif qui permette juste d’assurer l’entretien et la gestion de l’infrastructure.

Ce tarif qu’on peut qualifier de socio-économique ,ne devrait pas dépasser de 500 fcfa jusqu’à l’aéroport Blaise Diagne et 1000 fcfa jusqu’à Thiès ou Mbour. Si sous d’autres cieux et pour d’autres raisons ,la logique financière peut être acceptée ,pour le remboursement de la dette liée à la réalisation de l’infrastructure ou pour financer d’autres tronçons , il n’en va pas de même pour le Sénégal ,dont la configuration géographique et les conditions économiques obligent à mettre en avant une logique économique et sociale.

Il y va de l’avenir du logement social , de l’amélioration de la compétitivité de l’économie ,de l’avenir de notre pays tout simplement.

*) Alpha est représentatif de tous ceux qui habitent ou projettent d’habiter au delà du péage.

OUMAR SYLLA: ex-Sécrétaire Général du Ministère de l’Economie et des Finances

La rédaction