NDOUMBÉLANE : UNE DÉMOCRATIE ÉPILEPTIQUE ? (Par Alassane Khodia Kitane)

Dakarmidi- Le spectacle paradoxal d’un troupeau de plusieurs dizaines, voire des centaines de buffles harcelés, et déboussolés par un ou quelques lions au point de devoir sacrifier un des leurs est une belle métaphore pour illustrer la faiblesse de l’opposition politique à Ndoumbélane. Si seulement les buffles avaient, en plus du courage et de la force, le sens de l’alliance et de la mutualisation de leurs forces ! Les lions se métamorphoseraient sûrement en herbivores ou chercheraient, en tout cas, des proies plus modestes sous peine de mourir de faim. Comment un lion paresseux et borgne parvient-il à avoir raison de ces mastodontes ? Il faut chercher la réponse dans l’égoïsme et dans la lâcheté de ses victimes !

On entend souvent dire que le roi de Ndoumbélane est un virtuose politique, et comme argument on avance le fait qu’il réussit tout ce qu’il tente depuis son accession au trône. Cette façon de penser que ses journalistes de cour (les vraies dames de compagnie) ont réussi à imposer à l’analyse politique (très souvent superficielle et auxiliaire ou parasite de l’opinion) est à la fois fausse et suspecte.

C’est faux de prétendre que ce roi borgne est un virtuose politique parce qu’il ne s’est jamais frotté à ses adversaires naturels. Il ne doit son accession au pouvoir à aucun génie particulier, il a tout juste ramassé un pouvoir qui était dans la rue. Cet homme a fait sienne la célèbre leçon de Goebbels « Celui qui peut régner sur la rue règnera un jour sur l’Etat, car toute forme de pouvoir politique et de dictature à ses racines dans la rue ». Il a formé une milice qui s’est faufilée dans les foules mécontentes de la fin de règne de son prédécesseur et, en bon comploteur, il a tissé un réseau d’amplificateurs dans les médias que l’on connait. Il a réussi à s’imposer dans la rue parce que les autres trouvaient la rue trop indigne pour leur servir d’ascenseur. Oui ! la rue est sale comme chemin vers le pouvoir, mais l’indignité est parfois un moyen de parvenir à ses fins. Savez-vous pourquoi le porc est plus facile à engraisser… ?

L’argument selon lequel le roi borgne est un virtuose politique parce qu’il réussit ses intrigues est également suspect, car à moins de réduire la politique à une vile entreprise de perversion de la société, il n’y a aucune qualité requise pour faire ce qu’il fait. L’absence totale d’éthique (parce que la fin justifierait les moyens !) ce n’est ni du machiavélisme ni du génie politique : c’est du cynisme politique qui traduit justement une absence de génie, une médiocrité qui s’impose par une conversion des valeurs. La corruption de toutes les élites, l’achat direct des citoyens par des mécanismes de financement proches de la pitance, le musellement indirect de toutes les voix discordantes, l’embastillement de ses adversaires, etc. : si c’est cela le génie politique, pourquoi ne pas, une bonne fois pour toutes, confier le destin de Ndoumbélane au diable ?

La seule prouesse de ce roi borgne est d’avoir transformé Ndoumbélane en démocratie épileptique : il a trouvé un pays avec une tradition démocratique ancrée, il en a fait son jouet personnel. Une démocratie normale a des règles de jeu universelles, permanentes et consensuelles. Une démocratie épileptique par contre est comme une personne épileptique : c’est l’instabilité qui rythme sa vie. Qui pouvait imaginer qu’en 2019 Ndoumbélane retournerait à l’ère des Conférences nationales, des commissions Vérité et Réconciliation, bref à toutes les pitreries politiques qui attestent un déficit de démocratie ? C’est à se demander si la lucidité des gens de Ndoumbélane n’est pas la contrepartie que le roi a donnée au diable en échange de la couronne. « Je vous prends vos libertés » ; « je me gave à satiété de vos libertés confisquées et comme je suis rassasié au point d’en éructer, je vous redonne vos libertés tout en exigeant de vous un MERCI » ! « Je tripatouille les lois de Ndoumbélane pour rester au pouvoir et après avoir assouvi mes sombres desseins, je vous appelle au dialogue pour retourner au consensus que j’avais rompu unilatéralement et sans raison » ! C’est donc ça le génie politique ?

Ce pays est dangereux parce que quel que soit le crime commis, le criminel trouvera toujours des laudateurs et des spécialistes de circonvolutions juridiques pour légitimer ses barbaries politiques. La politique est un art, ce n’est pas une affaire de manœuvre vile et sans classe : les peuples ont besoin d’être élevés vers plus de grandeur et de vertu. On ne peut pas bâtir une nation civilisée en ayant comme matériau de la raclure. Ce dont les peuples modernes, comme d’ailleurs ceux d’hier, ont besoin, c’est de l’exemplarité et non de la morale du boulanger avec la farine. Le boulanger ne malaxe pas la farine par amour ; quand il la modèle et la tapote, il donne l’impression de la caresser avec tendresse, mais c’est pour la mettre au four… !

Périclès, dont le nom signifie « entouré de gloire », dirigea Athènes de 443 à 429, avec grandeur, esprit, habileté et clairvoyance. Il est décrit par Thucydide comme n’ayant jamais utilisé de ressources illégitimes ni de biens publics pour asseoir son pouvoir : Périclès avait du génie, il n’était pas un ouvrier politique qui n’a que la force comme outil. Périclès a été vaincu par la peste (ah que la grandeur d’établissement est vaine !) mais son nom est resté dans la postérité en tant que « entouré de gloire ». Guédel Mbodji a, dans le Saloum, refusé de se venger de ses ennemis. Le roi de Ndoumbélane quant à lui, en plus de sa couronne de serpents, inspire cette terrible locution interjective de la langue française : « enfer et damnation, il a réussi à s’imposer sur le trône » !

Ndoumbélane est en train de devenir l’État le plus procédurier au monde et, par conséquent, un État policier. N’avez-vous pas remarqué que tous les chômeurs du barreau de Ndoumbélane militent dans le parti du roi ? Ce phénomène en apparence anodin est révélateur d’un état d’esprit ! N’avez-vous pas remarqué que tous les radoteurs de la presse qui ont fait fortune en écumant les cours des rois les plus corrompus du monde sous les tropiques sont au service du roi de Ndoumbélane ? N’avez-vous remarqué qu’ils sont chargés de lancer des ballons de sonde pour faire de la météo politique et pour transformer leurs pseudos analyses en prophéties autoréalisatrices ?

Pour conclure nous vous proposons cette terrible description que Thucydide faisait de la démocratie grecque agonisante : un portrait craché de la situation de Ndoumbélane sous ce roi borgne.

« Á l’origine de tous ces maux, il y avait l’appétit du pouvoir qu’inspirent la cupidité et l’ambition personnelle. De là l’acharnement que les factions mettaient à se combattre. Les chefs de partis dans les cités adoptaient de séduisants mots d’ordre, égalité politique de tous les citoyens d’un côté, gouvernement sage et modéré par les meilleurs, de l’autre. L’État qu’ils prétendaient servir était pour eux l’enjeu de ces luttes. Tous les moyens leur étaient bons pour triompher de leurs adversaires et ils ne reculaient pas devant les pires forfaits. Quand il s’agissait de se venger, ils allaient plus loin encore, accumulant les crimes sans se laisser arrêter par le souci de justice et du bien public et sans autre règle que leur caprice. Frappant leurs ennemis par des condamnations injustes, ou usurpant le pouvoir par force, ils étaient prêts à tout pour assouvir leurs besoins du moment. Ni les uns, ni les autres ne s’embrassaient de scrupules, mais on prisait davantage les hommes qui savaient mener à bien des entreprises détestables en les couvrant avec de grands mots… ».

(Soulignés par nous pour un commentaire composé à venir)

Le casse-pied de Ndoumbélane