Lettre à Houlèye Mané et compagnie (Par Françoise Hélène Gaye)

Dakarmidi – Caricature ou « crime passionnel », vous êtes en train de passer vos premiers jours entre 04 murs, dans un lieu qui vous paraîtra sombre et inconnu . Et vous vous poserez certainement la question de savoir, qu’avons-nous fait pour nous retrouver ici? Le destin vous répondra en ces mots, vous m’avez interpellé et je n’ai jamais manqué à l’appel d’une créature sur terre! Vient ensuite le lot de questions transvasées qui vous traverseront l’esprit, qui vous feront douter, car le doute est l’Homme, qui vous materont et dont les réponses ne seront trouvées qu’une fois vous recouvrirez la liberté.
Vous êtes en prison et nous le sommes nous aussi à ciel ouvert, depuis que ce lieu est devenu l’outil principal d’un régime en faillite où émergent la terreur et la haine, nous sommes abandonnés sans protection, loin de la vie paisible.
Et sur un autre tableau, peint de désastre, loin de nos réalités, l’échec survient, et à qui imputer cet échec, lourd à porter? Vous avez dit non, à vos manières, même si les nouvelles technologies vous ont « trahis »
Nous aussi, sommes en train de le dire et continuerons à le dire exposant nos chairs certes mais libérant nos esprits.
Vous êtes « victimes » comme tant d’autres jeunes qui ont une fois dans leur vie, manqué de prudence, c’est la jeunesse, et cela se comprend.
Mais votre situation dénote à nouveau que trop de pouvoirs sans foi convoquent la terreur. Apprenez à souffrir chère soeur et chers frères dans l’endurance, soyez forts, car Dieu est avec les endurants, ne vous plaignez jamais et ne soyez pas angoissés à cause de ces complots dans lesquels vous êtes trempés sans le vouloir. Ne vous fixez aucun délai, car le meilleur délai est celui qu’on a pas encore fixé, disait l’autre.
En prison, mettez-vous dans la tête que c’est vos corps qui sont pris en otage et non vos esprits, alors, laissez ces derniers voyager, ne leur dressez aucune frontière, aucune pression à l’heure de leurs aventures car à chacun de leurs retours, ils apporteront de la nourriture saine et fluide à vos corps, et c’est cela qui fera de vous à la sortie de ce lieu, hautement singulier, de grands hommes, réfléchis, tolérants et pardoneurs.
Notre si jeune République a besoin d’une couche d’enduit et d’un relooking, car sa façade est souillée, sa constitution outrepassée, ses lois tripatouillées et à quelques exceptions près, les défenseurs de la patrie sont aujourd’hui muselés.
Vous devez être en colère face à l’abandon, face au lynchage médiatique et face à la peur de la peur. Mais n’oubliez jamais que vous avez le Seigneur, à vos côtés, qui vous viendra en permanence en aide, car c’est lui l’Audient.
N’ayez pas peur de la prison, n’ayez pas peur d’avoir à subir l’injustice. N’ayez pas mal face aux vilenies et aux injures. N’ayez pas non plus peur quand la peur et le doute vous guettent. Apportez leur comme réponse la foi et l’endurance. Restez esclave de Dieu dans la quintessence de la conscience, au plus profond de vos chairs, et ces actes vous sauveront de toute persécution d’où qu’elle puisse provenir.
N’affichez jamais votre tristesse, cachez la derrière un sourire même s’il est laid.
Loin de la nuit des faits, occupez-vous en prison, éloignez-vous de la rancune, cherchez dans les ondes de la nature à côtoyer l’envie, la créativité. Vous êtes des victimes, nous le sommes aussi. Vous avez le soutien du peuple et le soutien des hommes épris de justice et de liberté, vous n’avez pas fauté, malheureusement on ne joue pas avec un homme sans fair-play.
La caricature est une expression émotionnelle, qui donne à la liberté l’occasion de taquiner un peu le papier, l’encre et la plume en des directions « multivariées ».
Pourquoi bon sang appeler cela même caricature, sommes-nous des ignorants, sommes-nous amnésiques, sommes-nous atteints d’hérésie?
Quand un peuple est contraint de subir les lois et privé de ses droits, il se rebelle et cherche à pénétrer par tous les moyens les lignes de la liberté.
Nous sommes choqués de constater cela, ne devons-nous pas alerter nos consciences et rompre avec notre silence coupable
Dieu ne change jamais un peuple qui ne veut pas changer. Nous avons tous, autant que nous sommes envie que les choses bougent, alors n’est-il pas temps de tendre les mains au Créateur et lui poser sincèrement ce vœu si puissant de voir un Sénégal sous de nouveaux draps au soir du 30 Juillet 2017.
À ceux-là qui ont aussi subi le même sort que Houlèye, emportée par le désir de dire à ses amis qu’elle connait du beau monde, cette lettre vous est aussi destinée. Gardez le moral, gardez la foi, soyez bons envers tout le monde, même dans les pires moments et la miséricorde divine vous accompagnera partout où que vous puissiez être… Courage !

Francoise Hélène Gaye