Dakarmidi – Dans l’effervescence des thiantacounes, il y a des dates qui ne bougent pas. Et il y a une femme qui, chaque année à la même période, fait battre le cœur de sa communauté au rythme de cette date : le Grand Magal de Touba.
Sokhna Aïda Diallo, veuve de Cheikh Béthio Thioune, porte cette flamme avec une constance qui force le respect.
Déclarée persona non grata à Touba, Sokhna Aïda n’a jamais renié le Magal. Au contraire. Elle a choisi de le célébrer là où on l’attend : dans ses fiefs. À Ngabou, à Madinatoul Salam, et partout où ses disciples se rassemblent. Car pour elle, le Magal ce n’est pas une question de lieu. C’est une question d’intention. C’est l’intention de rendre grâce à Serigne Touba, de perpétuer l’enseignement du travail, de la foi et du sacrifice.
Chaque année, la préparation commence des semaines à l’avance. Des centaines de bœufs sont immolés. Les cuisines tournent jour et nuit. Les « berndés » royaux sont servis par milliers. Les convois s’organisent pour accueillir les talibés venus de tout le pays. Ce n’est pas une fête. C’est un service. Un service à la hauteur du jour : le jour où Serigne Touba a préféré l’exil à la compromission. Sokhna Aïda veille à tout. Elle veut que chaque disciple mange à sa faim, que chaque maison soit ouverte, que chaque cœur sente la baraka du Magal, même loin de la ville sainte.
Entre 2019 et 2024, elle a traversé des années difficiles. Des portes fermées, des épreuves. Mais elle n’a jamais baissé les bras. Elle a continué à célébrer, à donner, à rassembler. Et quand elle a retrouvé ses droits, sa première parole publique a été de remercier et de réaffirmer son engagement : servir. Aujourd’hui, dans ses fiefs, le Magal de Sokhna Aïda est devenu un rendez-vous. Un rendez-vous de ferveur, de partage, de mémoire. Les disciples viennent de loin. Ils chantent, ils dansent, ils rendent grâce. Et au centre, il y a cette femme qui organise, qui coordonne, qui veille.
Pour Sokhna Aïda, célébrer le Magal hors de Touba n’est pas une rupture. C’est une continuité. La continuité de l’enseignement de Cheikh Béthio : travailler, donner, être utile. La continuité de l’amour pour Serigne Touba : honorer son sacrifice en honorant ses talibés. Elle ne cherche pas à rivaliser. Elle cherche à transmettre. À montrer que la foi ne dépend pas d’un seul endroit. Elle vit là où il y a des cœurs sincères.
Et au-delà de l’organisation et du partage, c’est le souvenir de Cheikh Béthio Thioune qui hante les esprits. Géniteur des thiantacounes, celui que Serigne Saliou Mbacké avait lui-même élevé au prestigieux grade de Cheikh.
À travers chaque plat servi, chaque prière murmurée, chaque maison ouverte dans ses fiefs, Sokhna Aïda perpétue son héritage. Elle rappelle que le Magal n’appartient à personne, mais qu’il se vit partout où un cœur choisit la fidélité, le travail et le don.
Un Magal de fidélité. Un Magal de mémoire. Un Magal pour Serigne Touba.
Doyen Majib Sène
