Le fascisme… en marche (Par Demba Ndiaye)

Dakarmidi – Demain, ils nous interdiront de respirer hors de nos domiciles – Ils domestiqueront tous les moyens d’expression par le fric ou la menace

Quel est ce cynique éclairé qui a dit qu’on s’habitue à tout. Même à une maladie insidieuse et mortelle ; à la privation des libertés, à l’élagage pernicieux mais en règle des droits ; à une police absolument anti-républicaine. C’est le portrait d’un pays qui marche droit vers le plus ignominieux des régimes politiques connus depuis le 19ème siècle : le fascisme.

Il ne survient pas brutalement comme un coup d’état militaire, non, il emprunte les voies du régime dit le moins mauvais des régimes : la démocratie. Élections oui, mais toujours entachées, voire truquées, après avoir légalement et/ou par la force,  mis hors jeu les adversaires les plus à même de vous amener à l’abattoir du deuxième tour. Parlements aux ordres pour qu’ils légitiment les politiques scélérates et autres potions empoisonnées ; agréger les forces politiques autour du parti-Etat, vils marchandages et achats des âmes et de l’honneur ; menaces de privation de liberté aux voleurs d’hier et toujours riches de nos deniers… Bref, une gouvernance entre combines, deals, entre assauts et agressions continuels des institutions sous l’œil complice d’une « communauté internationale » toujours complice des meurtres en série de nos institutions, de nos droits et libertés.

Quand la légalité artificielle s’adosse à une force dite « du respect (ou rétablissement) de l’ordre » à coup de tonnes de grenades lacrymogènes, une mobilisation des forces de l’ordre presque supérieure aux manifestants qui, au lieu de maintenir le « bon ordre et le déroulement » de manifestations pacifiques et constitutionnellement reconnues, organisent au contraire le désordre par un usage « disproportionné » de la force à chaque manifestation de rue. La force brute et inappropriée au service d’un régime-parti-Etat et non de la République que nous avons en partage…

Depuis ce « mardi gras-de veloutes de fumée âcre », un nouveau palier est franchi : on a inventé une « prise d’otages » des leaders politiques comme le dit Thierno Bocoum de « Agir ». Cueillis à leur descente de voiture sans avoir fait un pas vers le territoire interdit des affaires intérieures, ils sont embarqués sans ménagement, avec une brutalité que seule la haine du politique ou la conviction d’une immunité totale autorisant tous les excès peut expliquer. Puisque les tueurs d’étudiants dans les campus et autres marchands ambulants aux interpellations brutales conduisant à des drames dans nos commissariats ne sont toujours pas mis aux arrêts. Il s’agit ni plus ni moins que de rapts de leaders politiques dans la plus pure des  traditions des régimes militaires latino-américaines des années 70-80, ou autres tontons macoutes de triste  mémoire. On les libère au petit matin sans Pv d’interpellation ni justification !  Le prochain rapport d’Amnesty est attendu avec inquiétude par nos gouvernants…

L’image du député Decroix saisi par « quatre gaillards » comme à la bonne vieille époque de nos cours primaires dans les années 60, me rappelle presque un quart de siècle plus tôt, la même  manière brutale, infamante, l’interpellation de Monsieur Abdoulaye Bathily secrétaire général de la LD/MPT (« canal historique »), à Sandaga même, au même rond-point, avant le centre commercial actuel. Mon confrère et ami feu « Thié » de « Sud », avait immortalisé l’image diffusée dans le monde entier. Après cela, le régime finissant socialiste de l’époque n’a plus jamais relevé la tête, accumulant bourdes politiques, fuites en avant les unes aussi imbéciles les unes que les autres. Jusqu’à la chute finale en 2000, quand les parias d’hier prirent le pouvoir.

Le président actuel qui réédite cette répression ignoble ne devait pas être sur les lieux de la manifestation de l’époque. Maître Wade lui-même n’a jamais pu atteindre Sandaga, bloqué au niveau de la poste de Médina. Il me semble que cela aurait donné une superbe « Une » aux quotidiens d’aujourd’hui s’ils avaient mis côte à côte la photo de Bathily d’il y a 25 ans et celle de Decroix du mardi, de la honte… Mais bon, il faut sans doute sauver la face (hideuse) du soldat  mauvais danseur…

Le fascisme rampant, c’est aussi ces nouvelles pratiques des tontons macoutes de tous les régimes dictatoriaux : flics en civil qui infiltrent les manifs, écoutent les manifestants parler et, les interpellent. Interpellés non pas pour des faits incontestables, mais pour conversations avec des amis et autres militants ! Délit de parole dans un lieu de rassemblement ! On n’avait encore jamais vu de pareilles pratiques !  Va-t-on s’y habituer ? L’objectif, c’est de fermer les bouches rebelles pour que se diffuse une seule parole ; que s’écouter une seule musique ; que se danse un seul disque  aux paroles-louanges à la gloire de la « seule constante » comme on disait dans l’autre décennie.

Demain, ils nous interdiront de respirer hors de nos domiciles (notre espace vital), nous obligeront à demander l’autorisation dans les bureaux et autres lieux publics pour aller faire pipi. Nous dire quel journal lire et quelle radio écouter ! Ils domestiqueront tous les moyens d’expression par le fric pour les patrons ou, la menace fiscale, et nous n’aurons plus le choix de nos lectures matinales, et une anesthésie pernicieuse des moyens audiovisuels. Les enquêtes sur les malversations et autres magouilles au sommet n’existeront plus ou seront aseptisées, ou réduites à leur plus simple expression. On parlera et écrira presque en s’excusant sur les vols et autres indélicatesses commis par les hommes du pouvoir. Mais on peut lyncher avec délectation ceux du mauvais bord, disserter sur leurs fautes de gestion, leurs pratiques héritées d’un passé qu’ils pensaient à tort pouvoir perpétuer.

Les éclairages de spécialistes indociles sur les sujets qui fâchent seront bannis des colonnes des journaux qui ont pignon sur rue. Les compte rendus paresseux et ennuyeux à mourir, abêtissant, remplaceront la nécéssaire curiosité journalistique, faite de cherches, d’enquêtes, d’approfondissement.

Bien sûr (et heureusement)  nous n’en sommes pas encore là. Mais sous nos yeux, se mettent en place les éléments qui y conduisent tout droit. A moins que la cocote minute sociale n’explose sous la pression d’un trop plein… d’explosifs accumulés par des pyromanes qui crient pourtant au feu !

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