Ce mercredi 6 mai, la Salle Averroès n’a pas seulement prêté ses murs à une table ronde ; elle est devenue le creuset d’une urgence historique et le théâtre d’une révélation nécessaire. Sous l’intitulé « Africaines du Monde : voix, féminisme décolonial et leviers d’une Afrique nouvelle », cette rencontre a marqué une rupture définitive avec les discours convenus pour laisser place à une vérité vibrante : le continent africain ne se reconstruira pas sans sa diaspora, et encore moins sans la force motrice de ses femmes. Il ne s’agit plus ici de simple représentation ou de symbolisme, mais d’une force de frappe intellectuelle, culturelle et économique capable de redéfinir les équilibres mondiaux et de restaurer une souveraineté longtemps bafouée.
L’enjeu, porté par des personnalités d’exception telles que Najat Vallaud-Belkacem, Aminata Sonko ou Danielle France Engolo, sous la modération habitée de Taoufik Boubker, est celui d’un affranchissement total. Le terme de « féminisme décolonial » a résonné non pas comme un slogan, mais comme une promesse de dignité retrouvée. Loin des schémas de pensée imposés par un Occident qui a longtemps dicté les normes de l’émancipation, ces femmes dessinent un modèle inédit, ancré dans les réalités locales et les savoirs africains, tout en étant résolument tourné vers la modernité. C’est une pensée qui ne demande plus l’autorisation d’exister, mais qui s’impose par la justesse de son analyse et la puissance de ses réseaux. Ces chercheuses, entrepreneures et responsables politiques incarnent cette biculturalité qui n’est plus vécue comme un déchirement, mais comme une arme stratégique.
Pendant trop longtemps, la diaspora a été perçue sous le prisme étroit du transfert de fonds, une simple réserve de devises pour les économies nationales. Ce rendez-vous a prouvé que cette vision est désormais obsolète. La diaspora féminine est aujourd’hui un levier de transformation structurelle. Par leur maîtrise des codes internationaux et leur attachement indéfectible à leurs racines, ces femmes transforment les systèmes éducatifs, stimulent une innovation technologique adaptée et renforcent une diplomatie culturelle qui replace l’Afrique au centre de la carte. Leur impact dépasse largement les discours théoriques : il façonne les imaginaires des jeunes générations et insuffle un espoir concret là où le pessimisme tentait de s’installer. Elles ne se contentent plus d’observer le changement ; elles le produisent, en influençant les politiques publiques et en créant des ponts indestructibles entre les continents.
Pourtant, ce rayonnement n’est pas le fruit du hasard ou d’un chemin pavé de facilités. Derrière l’éclat des réussites et la fluidité des parcours se cachent les cicatrices de combats menés dans l’ombre. Les discriminations systémiques, les barrières culturelles et les sacrifices personnels sont les épreuves de feu qui ont forgé ces trajectoires de résilience. En partageant ces témoignages, la rencontre a offert à la jeunesse africaine bien plus que des conseils de carrière : elle lui a donné des repères authentiques. Ces femmes prouvent que l’obstacle, lorsqu’il est transcendé, devient un levier de croissance. Raconter ces vies, c’est transmettre un héritage de lutte et de succès qui rend le futur possible.
En définitive, le message émanant de la Salle Averroès est un manifeste pour l’Afrique de demain. Une Afrique qui innove, qui crée et qui ose, portée par la reconnaissance des compétences de ses filles, l’accès aux sphères de décision et une émancipation économique réelle. La réappropriation des récits historiques et culturels n’est plus une option, c’est la condition sine qua non d’une souveraineté durable. Ce 6 mai a rappelé au monde que le destin du continent est désormais lié à cette diaspora engagée qui, d’une main, tient son héritage et de l’autre, façonne l’avenir. L’Afrique nouvelle n’est plus une utopie lointaine ; elle est déjà là, portée par le courage et l’intelligence de ses femmes du monde.
