La gustation du « Dawamu Chukri* », un « Mo’jiza* » et la dégustation de l’exaltation divine (Par Sheikh Alassane Sène « Tarëe Yallah »)

Dakarmidi- Évoquer l’alliance de la créature avec son noble Créateur ou encore l’homme à ses commerces avec la paix, la foi, son séjour sur Terre, ses questionnements, ses peurs, ses doutes, mais surtout sa finitude et son espoir à l’au-delà tiré loin du jalonnement de son vécu, mais rattaché à la miséricorde de Dieu, au Prophète Muhammad (psl) conférée.

Déborder de foi et rester à l’écoute du Seigneur. En humble créature qui attend d’être touchée par Dieu, par ses ondes et par son décret irréfragable. Ni pourquoi, ni comment cela doit arriver importe peu dans cette attente, qui ne peut pas être motivée par un choc, car ici les forces ne sont pas opposables.

La recherche de l’agrément du Seigneur revêt un sens profond dans les pas que nous posons chaque instant et dans les actions que nous menons en permanence, loin de nos rapports avec la conscience. Rien de tout ce qui nous arrive est une coïncidence. Dieu est en chacun de nous, partout dans nos espaces. Nul ne peut prétendre obtenir son agrément sans passer par des aventures des plus fascinantes, des tortures des plus humiliantes et des ruptures qui sillonnent l’étendue de la foi.

Ce n’est pas le fruit du hasard si « Aghisni » (la plus haute forme de mendicité adressée à Dieu) est dans tous les écrits des grands initiés. Seul l’appel avec insistance de la miséricorde du Seigneur peut nous libérer du fardeau de nos péchés inquantifiables et de fait, qui permet à la créature d’accéder à son pardon. Et ces appels passent naturellement par les salutations et les prières dédiées au Sceau des prophètes (psl) à qui le grade de la grande intercession revient en exclusivité le jour du jugement dernier.

La charte de la vérité est une onde de la science illimitée divine, robuste et ineffable, avec des dérogations. Elle évoque avec densité la raison dans l’alchimie des mystères, et convoque avec efficacité l’homme face à ses responsabilités. C’est une action dans le savoir, enclenchée, la résultante du procédé de l’âme devenue apaisée. C’est le chemin qui mène vers l’obtention de l’agrément de Dieu, il engage le corps et agrège ses entités.

L’ignorance d’un tel fait pousse l’homme à ne pas croire en cet agrément obtenu par son prochain. D’ailleurs comment comprendre la saveur d’un mets sans l’avoir ni humé ni dégusté?

La gustation du « Dawamu Shukri* » comme « Mo’jiza* » est une évasion mystique, d’une grande ampleur, une élévation de l’esprit, auparavant coopté pour servir Dieu, selon la volonté de ce dernier, et capté en amont pour comprendre le contenu qui le fait vivre en permanence. Une telle mystique qui, en aval, relève le rapport entre le cœur et le subconscient. La dégustation de l’interaction renseigne beaucoup plus sur le fait mystique que sur la forme de l’interface spirituelle.

Ceux qui s’attaquent aux fondements du soufisme souffrent de carence intellectuelle. Ils affirment que le Prophète (psl) ne peut pas assurer le Paradis, même pas à sa propre fille Fatima Az’Zahra (ra). Et qu’aucun érudit n’est capable d’offrir le paradis à son prochain. Ils n’ont pas tord d’analyser sous l’angle de la traduction littérale des textes sacrés loin de la connaissance mystique. Dieu nous parle en parabole et Il s’adresse en permanence au doué de raison. Alors aucune traduction littérale de ces textes ne saurait interpréter ces saintes écritures. Il faut d’autres techniques, d’autres méthodes, d’autres clés et une solide initiation pour comprendre leur herméneutique et ce qu’elles veulent nous révéler dans le fond comme dans la forme.

Le summum de la haute exaltation du Seigneur

Les chants, les tam-tams et les pas de danse dans la convocation de la spiritualité sont les plus hautes formes d’exalter Dieu. Seul un être totalement départi de tout orgueil peut se livrer à cette action de grâce majeure et divine. Et tant que l’être n’est pas arrivé à danser étalant sa totale satisfaction à Dieu, lui rendant grâce en permanence quel que soit l’état qui l’envahit, il n’est pas dans la haute exaltation, la station la plus difficile à atteindre (connectée à l’agrément divin).

Rûmi l’a tâtée et dégustée. L’intensité que produit le son des mélodies pénètre l’âme, lui octroie sa nourriture, celle de la haute connaissance ésotérique, l’ultime pas d’une créature qui cherche à pénétrer les périmètres de Dieu, immunisée de toute impression, des peines aux douleurs.

Tant que l’on critique ces états méconnus, il nous est difficile de nous éloigner du doute et de nous forger notre propre personnalité dans les cuves de la foi. Le doute ici, c’est l’acceptation en soi, maladroitement, que les autres sont perdus. Celui qui doute de l’étendue du pouvoir conféré aux autres est formel d’être sur la voie de la vérité. Et pourtant, il est loin de s’y être posé.

Et cela est une destructure de la conscience et une ignorance des voies impénétrables du Seigneur.

La nature exerce sur nous sa volonté. Nous marchons tous vers la sénescence et aucun levier ne peut nous extraire de ce cheminement. Même notre foi, si puissante soit-elle ne peut nous soustraire à cette usure. Toutes nos souches vieillissent, sans exception, à un rythme irréversible.

Le Seigneur a tout planifié avec une extrême finesse et une parfaite sagesse. La dynamique du jugement dernier est claire, nous serons tous débiteurs face à Lui. Le Prophète (psl) éteint en Lui. Il ne veut pas être acculé ce jour-là et Il a pris toutes les dispositions qui rendent parfaite et logique sa démarche. Personne ne lui réclamera la clé d’une demeure au Paradis, c’est sa miséricorde qui sous-tendra et soutiendra notre quémande qui ne saurait être traduite en exigence.

Nous sommes ses propriétés, il peut nous plonger en enfer comme il peut nous élever dans ses hauts Paradis. Cela est de son ressort exclusif. Tout dépendra de Lui et de Lui seul. Aucune contestation après son jugement, aucun appel, car chacun de nous sera son propre tribunal, fera son propre procès et évidente sera la balance à la juste mesure des poids de nos actions bonnes ou mauvaises. Le compte de Dieu est le meilleur des comptes!

La mystique en Islam, quand un initié s’éteint en Dieu!

Beaucoup d’éminentes figures dans le monde Soufi ont exercé une pression sur leur propre personne pour produire des ouvrages de qualité à la hauteur des attentes du monde mystique, des adeptes et à la surprise de ceux-là qui émettent des doutes sur la pensée Soufie. De hautes œuvres qui continuent de résister au temps, basées sur les écritures saintes et sur la méthode d’enseignement ô combien exceptionnelle du Prophète de l’Islam (psl).

La diversité des branches dans le soufisme est souvent une source de tension, même si dans certains pays elle est canalisée en dialogue, socle d’une belle cohabitation. Dès lors, elle n’est pas un handicap mais plutôt une chance pour l’humanité.

Dieu est vaste, infini, profondément miséricordieux. C’est d’ailleurs à cause de sa vastitude que chaque entité pense détenir le meilleur secret qui mène à Lui. Personne ne semble se tromper, ni être dévié de sa trajectoire, mais en même temps, il y a une assurance flagrante de chaque camp qui pousse à croire que le choix opéré est le meilleur des choix.

En plus clair, l’exigence spirituelle est parfois désordonnée surtout quand elle promeut la voie unique qui mène à Dieu qui n’est autre que celle que nous avons exclusivement choisie. Hors, Dieu est une puissance infiniment infinie qui cache plus de mystères qu’Il ne nous en fait découvrir. La preuve, ces mystères qui sont dans la barrière invisible dont Il fait allusion dans la sourate Ar’Rahman (versets 19-20) nous parlent à tous. Cette ligne n’est autre que la sublime lumière du Prophète Muhammad (psl). À méditer…

Shasty
Humble disciple du Prophète Muhammad (psl)

Dawamu Chukri
*La permanence dans l’action de rendre grâce à Dieu et son acceptation par Lui-même

Mo’jiza
*Miracle