La face hideuse de la politique

Dakarmidi – Une forte délégation dépêchée par le président de la République est allée présenter ses condoléances au maire de la Médina suite au décès de son oncle. Lors de ladite cérémonie, qui avait tout l’air d’un meeting politique, celui qui a perdu un proche s’est senti obligé d’adresser de fortes amabilités au président de la République dont il a chanté les louanges devant une assistance qui poussait quelques applaudissants et des approbations très appuyées. Dans une cérémonie de deuil ! Excusez du peu !

Sans minimiser la force des liens de parenté avec un oncle, il est bon de rappeler que le maire de Dakar, dont Bamba Fall est un des premiers soutiens, a perdu successivement son propre grand-frère et son beau-père. À ces décès s’est ajouté celui du père de l’assistante de Mbaye Touré, DAF de la ville de Dakar ; la seule femme en détention dans ce qui est communément appelé l’affaire de la caisse d’avance.

Ces disparitions tragiques n’ont pourtant pas dicté au régime en place la formation d’une aussi forte délégation pour présenter des condoléances. Au contraire, pendant que le maire de Dakar traversait ses épreuves, Dame justice continuait à rejeter systématiquement toutes ses demandes de liberté provisoire. La décence minimale aurait inspiré à la Justice un élargissement d’un ou deux jours pour que M. Sall assistât à l’inhumation de ses proches. En effet, comment le maire de Médina peut-il jouir de plus de considération que son mentor de la part de l’Etat ? D’autant plus que ledit mentor est le premier magistrat de la ville de Dakar et Secrétaire général de l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF).

Le fait de dépêcher une si forte délégation, dirigée par le premier ministre en personne, pour compatir à la mort d’un oncle du maire de la Médina ne saurait duper que les simples d’esprit. Et visiblement M. Fall lui-même semble être tombé dans le panneau tant il a exagéré dans ses remerciements à l’endroit du « ni ku baax » M. Macky Sall, à qui il a promis de renvoyer l’ascenseur. « Kuma lebal ker ma fayla guddi », lança-t-il tout en s’attaquant violemment à ses camarades de coalition. Il se peut aussi que, au lieu d’être tombé sur le panneau, le maire éploré ait pris la cérémonie de deuil comme prétexte pour s’échapper d’une coalition dans laquelle ne restent que les endurants.

En tout état de cause, l’essentiel n’est pas de savoir si le maire de la Médina prépare ou non une transhumance. Il convient de s’en contre-balancer royalement. Le fond du sujet est que ce spectacle organisé autour de ce qu’il y a de plus cruel – la mort d’une proche – montre, une fois de plus, la face la plus hideuse de la pratique politique dans notre pays. Cela donne raison à ceux qui sont convaincus à jamais que les politiciens sont tous à loger à la même enseigne de leurs intérêts cryptopersonnels quitte à fouler aux pieds ce qu’il y a de plus cher et de plus sacré.

Pauvre de nous ! Pauvre pays !

Seydina Omar Ba