La comédie démocratique (Par Demba Ndiaye)

Dakarmidi – Il faut se mettre à l’évidence : chez nous, les élections s’achètent plus qu’elles ne se gagnent à la loyale – L’argent sert à acheter le pouvoir et les privilèges qui vont avec « Tout a été discuté », dit-il… Chacune de ses sorties (grandes ou petites) est une découverte d’une de ses multiples facettes. Multiples facettes sans doute, mais qui tracent une constante : sujet psychorigide, imbue de sa personnalité, droit dans ses convictions versatiles qu’il peut tout nous faire avaler. Pense-t-il.

D’accord, ce n’est pas avec lui que la versatilité est devenue une vertu chez nous, mais c’est avec lui que le reniement des engagements et promesses, professions de de foi, est devenu une « valeur » revendiquée, martelée, justifiant ainsi l’accueil à bras ouverts des prédateurs d’hier, au détriment des premiers compagnons de routes relégués à la périphérie des prairies vertes. Le président, et la supposée « realpolitik » ont tué les espoirs qu’avait fait naître le candidat « victime d’une machination de frères judas ».

Mais qu’il ose regarder les Sénégalaises et les Sénégalais dans le fond des yeux via « sa » télévision « nationale » et déclarer : « Il ne reste plus qu’à aller à l’élection présidentielle ; tout ce qui devait être discuté comme le code électoral est derrière nous ». Avant, il avait lâché (calme au dehors et bouillonnant au dedans) : « Aller vilipender le Sénégal à l’étranger ou ternir l’image du président ne règle pas les problèmes ».

Ce qu’il oublie sans doute, c’est que son budget est dépendant de l’extérieur pour plus des deux tiers ; que c’est à Paris qu’il va chercher le financement de son Pse ; que c’est le Fmi et la Banque mondiale qui dictent les recettes de nos politiques économiques ; qu’il se glorifie ou se mortifie des notations des agences qui distribuent les bonnes et mauvaises notes ; qu’il bombe le torse ou ruent dans les brancards quand les Ong de défense des droits  de l’homme (Amnesty et autres ) encensent ou épinglent la démocratie. C’est cet « étranger-dépendance » qui justifie que ceux à qui vous niez les droits vont se plaindre auprès de lui. Vous en avez abusé à l’époque ; votre « père spirituel » en avez fait un moyen de lutte dévastateur. Jusqu’au Palais Bourbon ou à la Maison Blanche. Alors arrêtez de dire qu’on vous « vilipende », ainsi que le pays, à l’étranger. Votre mendicité est le fondement de ces recours à l’étranger.

Durant cette semaine de miséricorde, de bénédiction, de sacrifices, et d’espoirs, ils nous bassinent comme ultime capitulation : « C’est Dieu qui donne le pouvoir » ! Alors, candidats au suffrage universel, fermez -a et acceptez la future sanction divine ! Il donnera le pouvoir à qui il voudra, inutile donc d’essayer de forcer le destin… électoral.

Si ces gens-là croient au destin et au choix divin, qu’ils arrêtent de voler l’argent public pour acheter leur futur victoire ; que le président ne transforme pas le palais de la République en « guichet automatique de distribution de billets de banque » comme le titre en Une Walf ; qu’il ne transforme  pas le palais en siège de son parti et de tous les transhumants du pays ; que le président ait la décence d’utiliser sa caisse noire pour venir en aide aux nécessiteux de toutes les régions.

Je pense à tous ces paysans, que l’arrivée tardive des pluies, va faire vivre un enfer; aux pasteurs et autres éleveurs qui regarderont impuissants leurs bétails (moyens de vivre et de survivre) mourir de faim ; à tous ces jeunes chômeurs à qui il avait promis emplois et bien-être et qui continuent leurs voyages suicidaire dans l’Atlantique.

Comme disait l’autre, « nous sommes tous égaux devant la loi à condition de payer le prix ». Oui, c’est peut-être Dieu qui donne le pouvoir, mais quel sacré coup de pouce le fric permet. Ne seront jamais égaux des candidats dont certains peuvent aligner des milliards que la faim et la pauvreté aident à acheter les consciences et les votes pour donner un sacré coup de pouce au destin et ceux qui ne pourront pas mettre sur la table du Loto électoral que quelques malheureux millions saignés à des militants convaincus quelques amis un peu fortunés.

Il faut se mettre à l’évidence : chez nous, les élections s’achètent plus qu’elles ne se gagnent à la loyale. L’argent volé aux citoyens – contribuables –  sert à acheter le pouvoir et les privilèges qui vont avec. Tout le reste relève de la nocivité des appareils idéologiques qui fabriquent des rêves, des victoires, des défaites, des connivences, des compromissions.

Le régime a déjà mis en place les arnaques-bases de sa « victoire » de demain : Emprisonnement de Khalifa Sall, l’exil (doré ?) du candidat du Pds, Karim Wade, parrainage -barrage de potentiels candidats sérieux. Oui, il a raison le président-candidat, « il ne reste plus qu’à aller aux élections ». Pour sa victoire quasi acquise d’avance. Car acheté avec notre propre argent. Avec la bénédiction de nos parlementaires. C’est ça la comédie démocratique…

La rédaction