Hommage au chef du Protocole ou dommage aux ras-le-bol? Un choc pour produire l’électrochoc(Par Makama)

Dakarmidi – J’avais voulu attendre que la République lui rendît au préalable un dernier hommage, qu’il fût d’abord célébré comme il se doit et porté sous terre pour produire enfin un post d’outre-tombe à Bruno Diatta.

Après la pléthore d’hommages rendue à feu Bruno Diatta, hommages auxquels je mêle ma voix sans restriction aucune ( !), j’ai voulu provoquer une sorte de choc pour produire un électrochoc. Heurter les consciences populaires pour qu’elles tombent dans leurs ires. Mais une fois que leurs colères s’estompent, qu’elles finissent par prêter  aussi attention aux milliers de sénégalais qui n’ont pas eu la même chance que feu le chef du protocole de la Présidence de la République du seul fait qu’ils sont au mauvais endroit. Jugez-en vous-mêmes !

Un chef de protocole c’est quelqu’un qui côtoie les puissants, les riches et les décideurs de la République et du monde. Si tel est le cas, c’est un faiseur de destin en ce sens où son agenda lui permet de régler des problèmes les plus inextricables les uns les autres. Tout le monde sait qu’un chef de protocole à la présidence de la République est la courroie de transmission toute trouvée pour accéder au locataire du palais. A défaut d’accéder au maitre des lieux, il peut vous permettre certaines facilités en jouant le rôle d’une sorte de « mur des lamentations » pour régler certains problèmes. Les témoignages sur ses bienfaits témoignent si besoin en était encore de cette position privilégiée qu’il occupât. Ce qui prouve que son influence était illimitée, ses pouvoirs énormes. Et, pour couronner le tout, son travail se déroulait dans les lambris dorés du Palais, entre véhicules climatisés et bureaux climatisés. Disons juste qu’il est bon endroit ! Ce qui n’enlève en rien ses mérites, bien au contraire !

Ce qui est remarquable toutefois, c’est qu’il existe des hommes et femmes sénégalais qui n’ont pas la chance d’être portés à de telles stations pour pouvoir déployer leur talent. Ces sénégalaises et sénégalais, qui, parce que la nature de leur travail fait qu’ils n’ont pas la chance d’être sous les feux des projecteurs pour, à l’orée de leur vie, mériter hommages et attentions républicaines. Ils, ce sont enseignants, infirmiers, sages-femmes, militaires, cultivateurs, étudiants… (la liste est loin d’être exhaustive !) Ces milliers de sénégalais, héros anonymes, patriotes inconnus, républicains dans l’âme, luttent au quotidien pour le développement économique, social, culturel… de leur pays. Il y en existe par milliers qui luttent pour leur survie dans la dignité, le patriotisme, la foi en la République et pour le rayonnement du Sénégal sans avoir la chance, ne serait-ce qu’être pris en images. Ils n’ont ni bureaux climatisés, ni véhicules climatisés, encore moins, une chambre climatisée.

Et pourtant Dieu sait parmi ces enseignants ou infirmiers, ou…, il existe une race de sénégalais pétris de qualités et même avec des  ressources exsangues, démontrent tous les jours, à des centaines de kilomètres du Palais de la République et de la RTS leurs talents dans des conditions draconiennes de travail et parfois avec des salaires qui font froid dans le dos.

Il peut s’agir de policiers, gendarmes ou militaires, qui au prix de leur vie veillent sur nos vies dans des zones où l’inconfort est le seul décor, affrontant les intempéries et les rigueurs climatiques (chaleur ou froid extrêmes !) pendant que nous dormons profondément sur des matelas moelleux.

Parfois, ils sont étudiants ayant quitté leurs parents pour affronter Dakar (ou autres) avec l’hostilité qui règne dans les grandes villes, mais étudient comme des forcenés pour apporter une plus-value en terme de savoirs pour leur pays.

Par moments, ce sont des cultivateurs, par patriotisme de terroir, n’ont pas choisi l’exode rural et partir grossir les grandes villes aux démographies déjà hallucinantes, pour rester cultiver avec engagement et dévouement la terre.

Ce sont…

C’est donc une race de sénégalais n’a pas la chance de Bruno du seul fait qu’ils ne sont pas au bon endroit. Et Dieu sait pourtant qu’ils s’acquittent de leur fonction avec courage et abnégation sans pour autant être vue même une seule fois à la télé ou célébrée.

C’est pour cette raison qu’en analysant froidement son rôle, sans artifice aucun ni hyperbole, on réalisera qu’il n’est pas plus méritant que ceux j’appellerais les héros anonymes. Parmi eux, il y a des sénégalais aussi patriotes que lui, aussi discrets que lui, aussi fidèles que lui, aussi républicains que lui, mais qui ont juste la malchance de ne pas être sous les feux des projecteurs et des caméras pour le prouver parce qu’étant au mauvais endroit. Des hommes et des femmes épris de nationalisme, intègre et travailleur, qui font de leur travail un 6e pilier de l’islam.

La République doit, dans sa marche quotidienne et mondaine, marquer par moments des pauses et célébrer ces héros anonymes par une détection des services de renseignement et d’inspecteurs d’Etat. En définitive, ces héros anonymes, patriotes dans l’âme, républicains dans la démarche, intègres et engagés pour le rayonnement de leur pays, ceux qui font de leur poste de responsabilité un véritable sacerdoce et non une triviale sinécure, où qu’ils soient, qu’ils en soient remerciés et célébrés.

Ibrahima Diakhaté Makama

La rédaction