Erreur de communication: Un phénomène « naturel » en politique? (Par Adama SADIO ADO)

Point de politique sans communication. L’acteur politique a besoin d’être audible et visible pour charmer l’électorat. Etant un être humain avec ses qualités et imperfections congénitales à la nature humaine, nombreux acteurs politiques commettent des erreurs monumentales dans leur communication.

A l’ère des réseaux sociaux, la communication politique est devenue beaucoup plus sensible et toute erreur de com se paye cash. En 1988, le Président Abdou DIOUF qualifie, à Thies, la jeunesse sénégalaise de « malsaine ». Ailleurs, pour traduire certainement son statut constitutionnel de père de la Nation, il affirme « yenn gniëp may sen baay ». Ces messages l’ont poursuivi jusqu’à sa chute en 2000. La jeunesse sénégalaise au premier chef les rappeurs lui ont toujours rappelé ses propos dans leurs tubes. Au cœur de l’affaire politico-judiciaire de Karim Wade, le Président Abdoulaye WADE, pourtant un AS de la com politique, lâche une arme de destruction massive à l’encontre de son successeur « Macky Sall est descendant d’esclaves, ses parents étaient des anthropophages ».Il s’en est suivi un tollé médiatique indescriptible et parfois très violent contre le Pape du SOPI.

Évoquant l’origine de la question ultrasensible israélo-palestinienne, l’ancien Premier ministre Idrissa SECK spécule sur la différence entre « Makkah » et « Bakkah » et tranche: « Dieu, dans le coran ne parle pas de Makkah, mais de Bakkah, qui renvoie étymologiquement aux pleurs, pourquoi est-ce qu’on penserait que le lieu de pèlerinage serait la Mecque et pas Jérusalem. Moi, j’ai la preuve de l’endroit exact où c’est, mais j’en parlerai à vous deux réunis : Israéliens et Arabes… ». Une sortie qui lui a valu une levée de boucliers de beaucoup de segments de la société dont le Khalife général des Tidianes. Une première qu’un khalife général d’une confrérie s’attaque frontalement à un acteur politique. Cette erreur de com a lourdement impacté sur l’image du Président du parti REWMI, pourtant dans une belle dynamique d’alors au point de porter de fait le manteau de chef de l’opposition sénégalaise.

En France, pratiquement chaque acteur politique d’envergure nationale a eu à commettre une erreur de com. Pour désigner les pauvres, François Hollande aurait utilisé le terme « les sans-dents » à en croire à son ex compagne, la journaliste Valérie Trierweiler. Emmanuel Macron, un habitué des bourdes communicationnelles, a récemment qualifié le peuple français de « Gaulois réfractaire au changement ». « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent », avait lancé Emmanuel Macron, qui plaisantait au sujet de ces frêles embarcations sur lesquelles périssent de nombreux migrants comoriens tentant de rejoindre Mayotte, le département français voisin. Le peuple comorien, très en colère contre le chef de l’Etat français trouve ses « propos choquants et méprisants » et Mohamed Bacar Dossar, ministre comorien des Affaires étrangères, exige des excuses publiques de Macron pour la dignité de son peuple ».

Devant des élèves de l’Ecole de management de Lyon, Laurent Wauquiez, Président du parti « Les Républicains », « fusille » beaucoup de grandes personnalités de la classe politique française: Sarkozy « contrôlait les portables » des ministres, Macron a lancé la « cellule de démolition » à François Fillon et impose de fait une « dictature totale en France », Alain Juppé a « brûlé la caisse » de la Mairie de Bordeaux, Gérald Darmanin, un “Cahuzac puissance dix !”, etc.

A l’analyse de ces différentes erreurs de communication politique, il ne serait pas exagéré de soutenir que l’erreur de communication en politique est un phénomène « naturel » au regard de sa généralité chez les acteurs politiques. La généralité d’un phénomène social confère à ce dernier un caractère de normalité, nous apprend Emile Durkheim. Malheureusement, avec le développement exponentiel des réseaux sociaux, toute erreur en communication politique risque d’être excrément lourde de conséquences sur l’image et la carrière politique d’une personnalité politique. L’erreur de communication politique est moins délicate que la gestion et le règlement d’une crise de communication politique. Wade et le PDS avaient choisi de faire profil bas et de laisser le temps faire son œuvre. Idrissa Seck avait d’abord choisi d’en découdre avec ses contradicteurs (Sidy Lamine Niass et Bamba Ndiaye) avant de déposer les armes et présenté ses plates excuses à la Ummah islamique. En France, Laurent Wauquiez a assumé ses propos sur BFM TV et n’a regretté que ses propos sur Nicolas Sarkozy à qui il a présenté ses excuses. Sa stratégie a été, me semble-t-il, bien payante. La mise en place de cellule de gestion de crise de communication politique me semble une nécessité dans la gestion de l’image d’une personnalité politique à l’heure des réseaux sociaux où l’information semble de plus en plus échapper au monopôle des professionnels des média.

Adama SADIO ADO

La rédaction