Contribution : « Mon élève, t’ai-je aidé à ne pas échouer ? » ( Par Fatima Tacko Soumaré Sylla )

Dakarmidi- T’ai-je aidé à ne pas échouer ?
Une question qui te paraît stupide très certainement mon cher élève. Mais ne m’empêche surtout pas de me poser maintes interrogations pour comprendre ou situer ma part de responsabilité, c’est très légitime.
Lorsque tu m’as appelée pour me dire que tu n’as pas réussi au bac, que tu as échoué, j’ai voulu te rectifier en te disant:  » Nous avons échoué ».
N’aurai-je pas été à la fois fière et satisfaite si tu m’avais dit que tu avais réussi? Consciemment ou non, j’allais me reconnaître dans cette réussite car me disant que tu fus mon élève. Et comme vous aimez si bien le dire en de pareilles circonstances en employant des formules de politesse comme:  » merci professeur, c’est grâce à vous aujourd’hui » ou « nous n’y serons pas arrivés sans vous » ou encore » vous avez largement contribué à notre réussite. Tout le mérite vous revient ».
Eh bien très cher élève, sache que j’ai eu aussi des remords quand tu me fis part de ton échec, de notre échec j’allais dire. Et la principale question que je me suis posée est la suivante: « Où ai-je fauté? » Dois-je dégager ma part de responsabilité? Loin de tout endosser aussi, j’ai tout de même essayé de trouver un ensemble de fautes que j’ai dû commettre et qui a constitué pour toi un obstacle.
J’ai dû tout au long de l’année scolaire te faire perdre ton estime de soi. En fait, tu n’avais que des notes médiocres entre 4 et 5 à chaque évaluation. Ce qui ne t’a pas laissé indifférent car tu t’es dit que c’est désormais un abonnement, tu n’auras plus jamais l’occasion de t’en sortir dans cette matière. Et progressivement, tu as baissé les bras, tu devins le partisan des moindres efforts, tes notes ne progressaient pas et j’étais plutôt « rassurée » de constater que tu es toujours dans cette fourchette, alors c’est de ta faute.
Me suis-je assez rapprochée de toi pour voir précisément où se trouvait réellement ton problème ? D’autant que tu assistais toujours aux cours même si tu ne participais pas dans le processus enseignement-apprentissage. N’était-ce pas là la première erreur?
À ce que je sache, l’approche par compétence propose qu’on centralise tout sur l’élève. Alors, un élève qui ne participe pas en classe devait me servir d’alerte pour comprendre que cet élève n’était pas dans le bain. Hélas! Je me suis dit que tu es un élève faible alors que j’étais pourtant persuadée que la volonté y était .
Un tel fait t’a démotivé et tu es parti au baccalauréat avec tes lacunes. Aujourd’hui, tu as échoué, j’ai échoué, nous avons été ajournés au premier tour.

Je savais que tu étais issu d’un milieu très défavorisé. Parfois tu venais à l’école sans prendre ton dîner de la veille ni ton petit déjeuner du jour. N’empêche, je fermais les yeux sur cela me disant que de toute façon, ils sont nombreux à être dans ce cas et je ne peux pas les prendre en charge. Or, je sais pertinemment qu’ « un ventre affamé n’a point d’oreille ». Et à l’annonce de ton échec, j’ai commencé à penser aux solutions que j’aurai dû trouver. C’est à ce moment précis que me vint l’idée que j’aurai pu informer les surveillants de l’établissement afin que la commission sociale s’occupe de ton cas. Mais c’est trop tard. Le coup est déjà parti.
Un système de parrainage des élèves démunis aurait pourtant réglé ces problèmes d’inégalité sociale dans les écoles.
Hélas cher élève ! J’ai oublié que l’enseignant ne transmet pas seulement des connaissances mais son rôle va au delà.
Mais tout n’est pas perdu ,
Tu m’as au moins donné l’occasion de me remettre en question, de parfaire davantage mon métier et de permettre aux uns et aux autres d’être conscients de notre lourde responsabilité. Une autre fois mon très cher, je te promets que nous réussirons tous les deux car adopterons une meilleure méthode.

 

Fatoumata Tacko Soumaré
Professeur de Philosophie LPA 14