Classe politique sénégalaise et souverainetés (Par Guy Marius Sagna)

@Dakarmidi - Guy Marius Sagna, activiste sénégalais/Coordonnateur national de la coalition NON AUX APE

Dakarmidi – Dans six mois aura lieu au Sénégal une importante élection présidentielle.

Les importantes quantités de pétrole et de gaz découvertes font saliver et les impérialistes et une bonne partie de la classe politique.

L’enjeu principal de cette élection présidentielle est de savoir :

–          Lequel des représentants de la classe politique collabo va poursuivre les politiques néocoloniales ?

–          La classe politique anti-impérialiste va-t-elle conquérir le pouvoir ?

–          Va-t-il y avoir un coup de frein ou d’accélération des menées impérialistes ?

Un passage en revue des différentes positions de la classe politique sénégalaise sur les questions de souverainetés est important.

D’un côté il y a la coalition Benno Bokk Yakar, coalition du président de la république Macky Sall, président sortant, candidat à sa propre succession. Il a signé l’APE avec l’Union Européenne. Il a même été le facilitateur, c’est-à-dire qu’il a joué pour l’Union européenne sur l’Ape le même rôle qu’un Blaise Diagne pour la France sur le recrutement de tirailleurs. Il a bénit l‘entrée des grandes surfaces au Sénégal. Disons pour résumer qu’il a livré, comme jamais auparavant, le Sénégal à l’impérialisme.

Voilà ce que Macky Sall dit du CFA : « La monnaie CFA a des avantages. Elle a peut-être aussi des inconvénients, mais peut-on tout de suite la jeter et engager une aventure ? Je ne sais pas. Je n’ai pas les arguments qu’il faut pour aller dans cette direction. Par contre, nous devons améliorer le fonctionnement de la zone monétaire. Par exemple, la manière dont la Banque centrale doit accompagner les États dans leur politique de développement. C’est là une question de fond. Nous avons une institution forte et crédible. Et il ne faut pas la déstabiliser, car, quoi que l’on dise, le franc CFA est une monnaie stable. Cela dit, si on arrive à nous prouver, sans considération politicienne, de lutte anticoloniale par exemple, qu’il faut choisir une autre voie, nous sommes assez autonomes et responsables pour l’emprunter. Pour le moment, j’aimerais qu’on nous éclaire davantage. En attendant, je dis que le franc CFA est une bonne monnaie à garder. »

Nous avons Ousmane Sonko, qui a été membre du Collectif non aux Ape. C’est lui-même qui venait en réunion. Le parti politique – PASTEF – qu’il préside est membre fondateur de la Coalition Nationale non aux Ape. Les jeunes de ce parti ont organisé un match de football avec deux équipes – aux noms évocateurs – qui se sont affrontées. L’affiche : NON AUX APE Vs NON AU FRANC CFA. La structure PASTEF de Thiès a organisé une conférence sur la question du patriotisme notamment économique. Celle de Dagana semble vouloir faire la même chose. Avant et après son élection comme député à l’assemblée nationale il n’a pas arrêté de prendre position contre le franc CFA, les APE, les grandes surfaces, les diktats du FMI et de la Banque mondiale, la gestion anti démocratique des ressources naturelles (particulièrement le pétrole)…

Il faut noter également les postures de Idrissa Seck, président du parti REWMI, candidat à la prochaine élection présidentielle qui a d’abord dit dans une tribune : « Il faut déchirer les APE »

Écoutons-le sur le franc CFA. « « Le système du franc CFA en tant que monnaie a un avantage pour des pays comme le Sénégal. Ça nous garantie vis-à-vis des pays comme le Nigéria ou encore le Ghana ».

« Par contre ce que je n’accepte pas c’est que les blancs prennent part toujours et cela depuis 60 ans au Conseil d’administration de la banque centrale. Vous pensez que nous on peut aller à la banque centrale de France et siéger là-bas c’est impensable. Donc qu’ils nous laissent notre banque centrale ».

« Autres chose qui peut être un frein c’est la parité fixe moi je suis pour la parité flexible car ça nous permet d’avoir une politique monétaire et ça va nous permettre de gérer notre balance de paiement et notre inflation ». 

Un paragraphe a attiré notre attention dans la lettre du candidat du PDS, Karim Wade, datée du 21 Août 2018. L’avant-dernier paragraphe : « Je suis, en effet, plus que jamais convaincu que l’indépendance économique de notre pays n’est pas une profession de foi, mais doit s’affirmer à travers des choix économiques clairs et courageux qui mettent au-dessus de tout l’intérêt des Sénégalaises et des Sénégalais. »

Les anti-impérialistes, les panafricains, les patriotes, la jeunesse en rébellion contre le système en place depuis 1960 doivent être aussi intransigeants, exigeants sur la question du néocolonialisme qu’un Aimée Césaire sur le colonialisme. Ce dernier écrivant à Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français (PCF) de l’époque, dira : « C’est-à-dire que nous sommes convaincus que nos questions, ou si l’on veut la question coloniale, ne peut pas être traitée comme une partie d’un ensemble plus important, une partie sur laquelle d’autres pourront transiger ou passer tel compromis qu’il leur semblera juste de passer eu égard à une situation générale qu’ils auront seuls à apprécier » Césaire « reproche au PCF de traiter de la question coloniale comme une question secondaire sur laquelle on peut, une nouvelle fois transiger pour des besoins tactiques » pour parler comme Saïd Bouamama.  Le PIT, le RTAS…qui sont contre les APE, le CFA…et qui sont quand même membre de BBY ont en fait la posture que dénonce Aimée Césaire. Pour eux, les questions de souveraineté sont secondaires.

Il faudra bien déchiffrer les silences des uns, les discours des autres. Il faudra débusquer les imposteurs. Il faudra séparer le bon grain de l’ivraie.

Le regroupement de l’opposition (FRN) est important pour faire face aux questions démocratiques. Son silence sur des questions comme le CFA, les grandes surfaces (Auchan, Leclerc…), les importations de poulet…révèle qu’il n’y a pas consensus en son sein sur ces questions et donc certains parmi l’opposition sont en réalité sur les mêmes postures que le président Macky sall. Voilà pourquoi c’est une erreur de dire MACKY DEGAGE. Nous devons plutôt exiger Système DEGAGE. Car pour nous la contradiction principale est le néocolonialisme. Système dégage sera la somme des différents dégage : Ape dégage, Cfa Dégage, Auchan Dégage, FMI Dégage, Banque mondiale Dégage, Bases militaires françaises Dégage, Africom Dégage…

Nous reviendrons sur un autre aspect important de la souveraineté. La souveraineté démocratique ou populaire. Elle précise une préoccupation cardinale : une fois la souveraineté économique arrachée, elle sera exercée par qui ? Le peuple ou une oligarchie sénégalaise ?

La rédaction