Abdoulaye WADE, l’éternel Maitre du jeu

Le Sénégal, pays indépendant depuis 1960 et qui a traversé l’ensemble des étapes du cycle démocratique et républicain, va se choisir un président à l’issue de l’élection présidentielle du 24 février 2019, si, élection il y’a. Une élection, qui s’est arrogée, d’ores et déjà, le mérite de l’élection la plus torpillée dans son processus et la plus incertaine quant à son issue prochaine.

En effet, nous l’avons dit, depuis 1960, le Sénégal a posé des jalons pour se construire une démocratie qui est chantée dans le monde et considérée comme vitrine dans le continent noir. La partition du président WADE à cette reconnaissance demeure, à ce jour, incommensurable.

Notre réflexion ne vise pas à revisiter l’historique du système politique Sénégalais à travers son évolution, ses péripéties, ses succès et ses pages sombres. Notre réflexion se penche sur le cas du président Abdoulaye Wade, Secrétaire Général National du Parti Démocratique Sénégalais(PDS) pour tenter de mettre en lumière son génie et montrer par ricochet pourquoi il demeure un éternel maître du jeu politique au Sénégal en cette période des présidentielles de 2019.

À la perte du pouvoir en 2012, rien de palpable n’aurait pu indiquer que le pape du SOPI allait demeurer en 2019, un élément fondamental et central du jeu politique au sénégal. En effet rien, si ce n’est sa volonté alors affichée de demeurer Secretaire général national afin de ramener la barque bleue sur les rives du pouvoir afin de l’y accoster à nouveau.

Le président Wade savait alors ce que beaucoup de compatriotes ignoraient, la volonté de son successeur de casser du PDS et d’humilier sa propre famille. Mieux, il savait plus que quiconque, que comme en 1981 où Abdou Diouf nouvellement installé à la tête du pays par la magie d’une gymnastique constitutionnelle, instaura la loi portant CREI pour tenir à l’écart les barrons socialistes, son successeur Macky Sall allait aussi vouloir réduire à néant le PDS afin de gouverner en toute quiétude. Voilà qui, en plus de sa volonté de ramener le PDS au pouvoir, peut expliquer le choix du Pape du SOPI de rester dans le jeu politique et d’en imprimer sa marque. Difficile pari il faut le dire, mais qui connait WADE sait qu’il excelle dans les situations où il est mis dos au mur.

La suite des évènements d’après alternance 2012 lui donna malheureusement raison. Parmi ces évènements nous pouvons citer quelques-uns :
➢ Traque et emprisonnement de Karim Wade
➢ Emprisonnement de l’ensemble des leaders des structures du parti
➢ Interdiction de sorti du territoire national pour un certain nombre de hauts responsables du PDS
➢ Rétention des avantages liés à la fonction d’ancien chef de l’Etat du président WADE pendant plus d’une année
Cependant, si la participation du président Wade a été déterminante durant les élections locales de 2014, où il avait permis à la formation libérale de gagner plusieurs collectivités locales, son génie politique s’est surtout d’avoir compris le plan de liquidation du PDS par l’opposition lors des élections législatives de 2017.

En effet, difficile à croire, mais la réalité est que les tenants de l’opposition d’alors ont voulu à travers les législatives isolé le PDS pour le rendre minoritaire et l’empêcher de trôner sur le toit comme formation politique principale de l’opposition. Alors que le PDS à travers son digne et fidèle coordonnateur Oumar Sarr, assure les mobilisations lors des activités de l’opposition, certaines formations politiques ont refusé de voir le PDS dirigeait la liste unique de l’opposition pourtant fait souhaité par la majorité des Sénégalais.

Abdoulaye Wade débarqua et battit campagne comme tête de liste nationale de la coalition Wattu Sénégal. Le résultat, malgré une fraude à grande échelle, fut le maintien du PDS comme principale force politique de l’opposition et d’octroyer à celui-ci l’unique groupe parlementaire de la présente législature.

Victoire morale et victoire symbolique.

Pour l’élection présidentielle de février 2019, il faut dire que tout dans la démarche de Gorgui est de l’art politique, du génie et de la justesse. Alors que le PDS fut la première formation politique à avoir choisi son candidat (fait que certains ont la manie d’oublier ou d’omettre), en mars 2015, les évènements politiques qui ont suivi dont surtout la modification de la loi électorale en Avril 2018 vinrent rendre la candidature de Karim difficile, improbable et calquée d’avance au rejet. Dans pareille circonstance, il faut être WADE pour maintenir la flamme de l’espoir allumée et continuer à faire exister la candidature du PDS. Le pari n’était pas gagné d’avance, mais le maitre parvint à le faire car la candidature de Karim n’est rejetée qu’à l’ultime étape.

Peu avant le début de la campagne, Wade annonce son retour, se pose à Paris pour peaufiner sa stratégie et se fait désirer au pays de la Teranga. Dans cette communication politique de pré-campagne et de campagne, il faut être Wade pour exister au même titre sinon plus que les candidats..

Un analyste politique respecté au Sénégal, aime affirmer que ABDOULAYE WADE c’est 20 à 25% de l’électorat, lui-même est conscient de cette force de frappe c’est pourquoi son soutien est tant désirer par les candidats de l’opposition, sa neutralité ou son boycott, c’est selon, rêvé par la mouvance présidentielle. Il l’a compris, il le sait.
Entre le désir de l’opposition et le rêve de la mouvance, le président Wade choisit la démocratie et le respect des principes qui ont guidé la ligne de combat du PDS. Ligne qui peut être comprise par la volonté du PDS de se battre pour que les candidats recalés participent à l’élection y compris son propre candidat.Mais au-delà, il faut oser le dire, Abdoulaye Wade tient à la transparence du processus électoral et souhaite voir son successeur accéder pour l’opposition à la doléance d’une personnalité neutre en charge des élections comme il avait eu à le faire.
Sa posture, qui peut être mal comprise par les citoyens, militants et sympathisants des candidats de l’opposition et par certains de ses militants, relève de la real-politique en ce qu’elle placera le génie Abdoulaye Wade au centre des intérêts et débats politiques jusqu’au soir du 25 février lendemain du vote. Il sera l’homme sur qui reposera les clés d’une alternance, d’une victoire de Macky Sall, d’une nouvelle tenue des élections. Et, quand, dans de pareilles circonstances, le choix s’offre, il faut alors alors avoir la patience de laisser s’exercer le jeu politique pour que les actions à entreprendre puissent être couronnées de succès. C’est en cela, que le génie politique et maître du jeu, sait se distinguer du commun des mortels.

Abdoulaye Wade, l’homme le plus imprévisible, le plus téméraire de l’histoire politique du Sénégal, demeure un éternel optimiste qui sait se mouvoir dans les arcanes de la politique et illuminer le jeu de tout son savoir faire et savoir être. Entre lui et la politique, c’est juste l’histoire du maître qui se veut éternel et qui est éternel.

Mounirou Alioune Kane, Wadiste !!!!