« MONDIALISASSIONISME » ( Par Sidi Lamine NIASS) – Chapitre 6. La Scission Dans L’Islam : Au Départ, Une Question De Succession

La division des musulmans a débuté après le rappel à Dieu du Prophète (PSL), quand la question de sa succession s’est posée.

C’est une épreuve de la Oummah qui la suit depuis la nuit des temps avec des histoires préislamiques, notamment le célèbre jour de Bouhass. L’adversité entre les tribus Aws et Khazraj de l’époque préislamique a été progressivement remplacée par l’esprit partisan.  Les Chiites ont considéré que la voie qui a été empruntée pour arriver à une allégeance au nouveau Khalifat a été nuitamment préparée. Depuis, la pendule s’en est retrouvée immobile, suspendue.

En étudiant les textes coraniques et la Sounna, mon attention a été attirée par ces sens cryptés qui démontrent que le khalifat des quatre premiers après le Prophète (PSL) était fondé sur des textes fondamentaux. Une preuve que cette religion de respect n’a pas été laissée en rade à la fin de la Révélation. Ceux qui font l’effort de l’interprétation se rendent compte qu’elle n’est pas en marge des nouveautés. Sur les pas des anciens, ceux qui attendaient se sont levés pour prendre la relève.

A/ l’énigme de la fin de la Révélation

Le message prophétique et ses enseignements constituent une preuve palpable, révélée au grand jour. Ils sont une manne complète, une guidance divine et englobent un mécanisme pouvant permettre de faire face aux situations de paix ou de conflit. Ils véhiculent la solution et sont le nœud qui entoure, à travers le temps et l’espace, la société humaine dans ses dimensions primitives et modernes. Ils ont pu rassembler les morceaux les plus éparpillés entre arabes et non arabes.  Ils ont réussi à raffermir les liens entre les proches et les plus éloignés. Ils ont instauré l’égalité entre les Hommes. Ainsi, cette religion de respect et de tolérance s’est répandue d’Est en Ouest. Elle a éclairé, de ses lanternes de litanie, en établissant ce qui est destin et qui est justice symbolisée par la balance. Le texte coranique et ses enseignements ont activé les domaines de pensée les plus vastes tout en s’ouvrant au dialogue. Ils renforcent la sécurité et la stabilité par le biais de moyens dissuasifs. Ils façonnent l’intégrité et encouragent l’éthique en garantissant le droit à la résistance et à la défense de la religion, de l’intégrité humaine, de l’esprit clairvoyant, de la dignité et des biens. Le message prophétique a montré comment la vie se divise en deux phases. Celle symbole du matériel d’ici-bas, accidentel et éphémère et celle éternel de l’Au-delà.

Le Prophète (PSL) a rendu fidèlement le message divin. Il a conseillé la Oummah et a montré à tous les musulmans l’importance du devoir de transmettre et de partager et ce jusqu’à la grande rencontre.

La période de l’après Révélation a commencé dans la plus grande inquiétude avec de nombreux défis, une grande scission exacerbée par l’absence d’un chef. En outre, à côté il y avait des actes de remise en cause visant le côté immuable même de la religion. Certains iront jusqu’à s’apostasier. La division s’est faite sentir au grand jour. Au moment où le prophète (PSL) n’était même pas encore inhumé. Ainsi, la chaleur du mois de juin est venue se mêler à cette inquiétude enveloppée de douleur.

B/ le début de la division dans les rangs des musulmans

 

Les Ansars, originaires de Médine, se sont dirigés vers Saqifah Bani Saïd pour mettre en exergue leur légitimité à diriger les affaires de la cité après le rappel à Dieu du prophète (PSL). Ils revendiquèrent le statut d’autochtones qui « se sont installés dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce que ces immigrés ont reçu, et qui les préfèrent à eux-mêmes, même s’il y a pénurie chez eux ».

D’autres grands compagnons du prophète (PSL) se joignirent à eux et tous cherchèrent à trouver les voies et moyens pour combler le vide. Un d’entre proposa : « un chef parmi nous et un autre parmi vous ». La situation s’est terminée par un serment d’allégeance en aparté à Abu Bakr (Rta) qui fut confirmé par un autre acte général d’allégeance devant le grand public. Ainsi, ce fut la confirmation de ce que renseignent le bon sens et les textes établis. La situation s’est stabilisée avec ce serment général d’allégeance.

Mais, ce fut aussi le début d’une autre divergence. Celle qui hantait les musulmans bien avant même l‘expansion de l’islam, avec la rencontre de Bouhass qui mit aux prises Aws et Khazraj, était remplacée. En effet, les Chiites ont considéré que le vrai héritier, celui qui est apte à succéder au prophète (PSL) est Ali ibn Abû Tâlib (Rta). Ils défendent cette position en brandissant des textes démontrant sa préférence et sa légitimité comme le nouveau khalife. Faisant état de conspiration, ils indiquèrent que la voie qui a mené à l’allégeance à Abu Bakr (Rta) a été nuitamment préparée. La pendule resta suspendue au milieu de Saqifatoul Bani Saïd.

La polémique s’est exacerbée parce que Ali ibn Abû Tâlib (Rta) a tardé à prêter allégeance à Abu Bakr (Rta) en tant que nouveau Khalife. Ce qui ne sort pas du cadre de la multitude de positions affichées dans un moment de tourment comme celui-là.  Sinon, le dénouement qui est enfin venu devait mettre fin à cette dispute de succession faite quolibets et de diatribes. Mais, tout cela témoignait de la vivacité de l’Islam qui détient les solutions des contradictions les plus épineuses. Car, si Ali (Rta) n’était pas convaincu, il n’allait pas faire acte d’allégeance à Abu Bakr(Rta). Quant aux arguments avancés par les partisans de Ali(Rta), qui indiquaient qu’il est le plus légitime pour être à la tête du Khalifat, ils ne connaissaient pas ces textes et arguments plus qu’Ali(Rta). Pourtant, ce dernier a fait acte d’allégeance. Ceux qui dirent qu’il ne l’a pas fait ou qu’il aurait été contraint, ont été démentis par les faits. Car, Ali (Rta) est resté au service du Khalife sans jamais manifester un signe de rébellion, malgré ces moments de forte turbulence. S’il n’était pas d’accord, comme l’ont affirmé certains, il aurait mis à profit cette situation pour déstabiliser le khalifat. Or l’histoire ne le prouve pas.

Certains se sont arrêtés sur le problème de l’héritage des biens du prophète (PSL) concernant Fatima (Rta), sa fille, pour dire que c’est Abu Bakr (Rta) qui le lui aurait refusé alors que l’héritage est régi par le Coran. Seulement, un hadith du prophète (PSL) dit : « nous les prophètes, nous ne laissons pas d’héritage. Tout ce qu’on laisse derrière est considéré comme de l’aumône pour les autres ».

Certains considèrent cela comme une création, d’autres posèrent le problème de la contradiction avec des textes coraniques explicites.

Or, pour tout ce qui advienne, le dirigeant est es-qualité pour apprécier les situations de manière générale, selon les données du moment. De pareils faits doiv enrichir les connaissances dans leur diversité et impulse l’étude de l’histoire des évènements.  Mais ils ne doivent être pris comme un argument dans un débat sans fin.

Si pareille problématique était contemporaine, elle ne serait pas sortie d’un jugement contradictoire et le dernier mot reviendrait au juge symbolisé par le Khalife à qui on soumet, pour résolution, les divergences ou contentieux. Pour ne pas l’inscrire dans un débat de libre opinion où les impressions personnelles prennent souvent le dessus.

Malgré tout ce que Abu Bakr (Rta) a réalisé, les ressentiments persistaient toujours et se dressaient comme obstacle devant la marche de la Oummah et de ses dirigeants. Ce qui fait qu’une partie de cette Oummah s’est dressée pour allumer les feux de la division et alimenter les foyers de tension en usant de divers moyens chargés de signification pour préparer une revanche.

D’un autre côté, les conservateurs se sont armés avec la ferme volonté de faire face, en exploitant dans un sentimentalisme exacerbé toutes les occasions pour porter un coup.

La Oummah est retournée aux pratiques d’avant l’islam marqué par un esprit partisan, un nationalisme chauvin et un régionalisme à toute épreuve, le tout modelé à partir d’écoles idéologiques. Ainsi, la confrontation et le rejet de l’autre étaient devenus monnaie courante. Des situations qui ont beaucoup retardé l’expansion de l’Islam.

Partant de ces éléments, nous constatons que le Khalifat d’Abu Bakr (Rta) fut un obstacle et reste un point de divergence entre Sunnites et Chiites. Alors que les choses ne devraient pas se passer ainsi. Car, résoudre la problématique à la racine aurait été le début de solution à beaucoup de problèmes témoignant plus du fanatisme et de l’esprit partisan qui renvoient à la période préislamique.

Il aurait été plus judicieux que cet événement restât comme des pages de l’héritage culturel ou scientifique se traitant selon les données du moment. Et non pas une énergie qu’on utilise pour charger les autres et ainsi exacerber la division permettant au sionisme de prendre pied, comme avec les juifs qui jadis alimentèrent la division préislamique.

C/ Le Khalifat des quatre premiers établi par le Coran et la Sounna

Sur le plan de la réflexion, j’ai trouvé dans le texte coranique des sens encodés qui montrent que les quatre premiers khalifes, après le prophète (PSL), ont été confortés par des textes du Coran et de la Sounna. Ce qui montre que cette religion n’a pas été abandonnée à la fin de la Révélation. Mais plutôt qu’elle a un caractère éternel, complet et global.

Le jour de départ en exil du prophète (PSL), qui quittait la Mecque pour Médine, est une parfaite illustration. Ce jour mémorable était fait d’épreuves, d’aventures et d’angoisse face au complot ourdi par les ennemis de cette religion qui était encore à l’état de fœtus.

Le Prophète (PSL) sortit ce jour-là accompagné par un seul homme : Abu Bakr.  Leurs ennemis les poursuivaient et la Révélation divine les a trouvés dans une grotte.  Il dit à son compagnon : « t’inquiète ». Ce fut une bouée de sauvetage dans l’instant et l’annonce de la bonne nouvelle pour le futur, le jour de la grande inquiétude. Cette assurance était le salut arrivant au moment d’inquiétude du « compagnon ». Celui qui a été désigné dans la grotte, au début de l’histoire, est celui qui a reçu la bonne nouvelle de l’Omniscient et de l’Omnipotent. De la même manière que Moussa (PSL) a été rassuré, lors d’un de ses périples, par l’expression : « n’aies pas peur ». Abu Bakr (Rta) entendit la même assurance à travers l’expression « t’inquiète ». Les facilitations sont venues confirmer ce que la bonne nouvelle avait annoncé.

Abu Bakr (Rta) était, dès le début, connu pour sa grande capacité à tranquilliser les musulmans dans les moments de tourment. Oumar (Rta) menaça ceux qui parlaient de mort du prophète (PSL). D’autres furent paralysés, la consternation était à son paroxysme et celui à qui on avait dit « t’inquiète » ramena la quiétude. Le serment d’allégeance qui lui a été adressé était guidé par le bon sens et constituait une confirmation de ce que les textes divins avaient annoncé. En outre, les nombreuses réalisations qu’il a faites en un temps record montrent que seule la main divine pouvait l’aider dans ce sens.

Les Ansars et leurs dignitaires ont fait acte d’allégeance à Abu Bakr (Rta) à un moment où ils ne voulaient pas le faire.  Seule une assistance de Dieu a pu les inspirer. Puis est venue l’allégeance publique, intervenue au summum de la division, qui a tout confirmé. Le discours programme que Abu Bakr a prononcé avec une feuille de route bien ficelée, démontrait son aptitude à diriger. Ses ambitions pour sa communauté claires et nettes étaient une preuve de sa préférence sur les autres.

Puis vinrent les nombreux défis auxquels la Oummah faisait face au lendemain de son accession à la tête du Khalifat. Les Romains étaient à l’affut et cherchaient un moyen d’intervenir pour porter le coup de grâce à l’Islam. Visionnaire, Abu Bakr (Rta) anticipa, en se dépêchant d’envoyer l’armée de Oussama exécuter, malgré les risques que l’opération comportait, ce que le Prophète (Rta) avait déjà ficelée avant sa disparition. Abu Bakr (Rta) surmonta ces obstacles en gardant la force et l’influence de l’Islam.

D’autres défis se présentèrent. Certains refusaient même de s’acquitter de l’aumône légale. Abu Bakr (Rta) les avertit : « je jure que si une portion de ce qui était destiné au prophète est enlevée, on va m’entendre ». Intransigeant, il mit fin à ce jeu d’amalgame.

Abu Bakr (Rta) s’est également dressé, à travers des batailles sanglantes, contre les imposteurs. Seulement, au cours de ces combats, beaucoup de ceux qui avaient mémorisé le Coran furent martyrisés. Cela poussa Abu Bakr (Rta) à décider de rassembler les textes coraniques éparpillés.

La réussite de son Khalifat était éclatante et Abu Bakr (Rta) devint le plus grand successeur du plus grand des prophètes (PSL) qui a assemblé temporel et spirituel. Grand gestionnaire des temps de paix et de guerre, il n’en développa pas moins une relation mesurée avec l’ennemi tout comme avec l’allié. Tout cela dans le cadre d’un projet de société de toute une communauté pour une vie humaine sur terre exemplaire. Ainsi, Abu Bakr (Rta) confirma qu’il est le meilleur successeur du meilleur prophète(PSL). Il dynamisa le système fondé sur la tolérance, renforça l’esprit de la transparence que le prophète (PSL) avait légué à l’humanité. Abu Bakr (Rta) redora le blason de cette religion qui était dans un tourbillon après la disparition de son emblématique chef. Il redonna à la religion sa place et aux dignitaires leur respectabilité. L’Islam était une destination pour toutes les nations au-delà de toutes considérations ethniques, raciales … Convaincus, les peuples se ruèrent massivement vers lui.

Tout cela montre que le khalifat d’Abu Bakr (Rta) était soutenu par la volonté divine et par la conviction des fidèles. Les montagnes étaient devenues dociles et ce qui était inimaginable devint réalité. A l’intérieur comme à l’extérieur, de près ou de loin, tout avait tenu malgré la délicatesse de la succession et face aux renégats et aux imposteurs, sans oublier le défi des Romains.

Au bout de deux ans, le Khalifat Abu Bakr (Rta) avait redonné à la religion sa force et sa vigueur. Le khalifat était sécurisé face aux menaces extérieures. Avec Abu Bakr (Rta), la Oummah a eu un moment de tranquillité à même de lui permettre de boucher les points névralgiques de la religion. Les esprits malsains, les diables et autres satans ont commencé par observer attendant, avec de réelles intentions néfastes, le moment opportun pour porter un coup à l’intérieur même. La nouvelle situation avait besoin d’un leader à la hauteur, car chaque époque a ses hommes. La période de fin de règne d’Abu Bakr (Rta) sonna pour annoncer une nouvelle épreuve. Quand le Khalife sentit que ses jours étaient comptés, il se prépara en conséquence. Il ne voulait pas laisser la Oummah dans une situation similaire à celle qu’elle a failli connaitre avec la disparition du Prophète (PSL). Ainsi, il consulta certains Sahabas (compagnons du prophète (PSL)) et leur proposa Oumar (Rta) comme le khalife devant le remplacer. Il rédigea son testament qu’il proposa au public qui l’avalisa.

Les négateurs sont aussitôt montés au créneau pour dire que le prophète (PSL) a voulu donner l’exemple pour qu’en de pareilles circonstances les fidèles puissent s’en inspirer. C’était quatre jours avant sa disparition (calamité du jeudi).  Mais, Oumar (Rta) s’était opposé en considérant l’état de santé du Prophète (PSL) fragile et le Message complet.  Il s’en suivit une grande cacophonie qui poussa le prophète (PSL) à demander aux gens de se disperser.

Certains en ont fait une raison et se sont lancés dans des comparaisons. Or, chaque texte a un contexte. Le Message du prophète (PSL), annoncé par un texte explicite, était achevé. Et le Prophète n’était pas revenu là-dessus. Toutefois, la mission d’Abu Bakr (Rta) pour tranquilliser la Oummah était encore d’actualité. En outre, le territoire de l’Islam s’est élargi et les comploteurs attendaient l’occasion. Il s’y ajoute qu’en dehors d’Abu Bakr (Rta) personne n’avait reçu le message rassurant (« t’inquiètes »).

D/ début de la convergence et défis d’avenir

Si on s’arrêtait à la solution donnée par les quatre premiers Khalifes, comme jurisprudence, il n’y aurait pas eu tous ces problèmes rencontrés aujourd’hui au sein de la Oummah islamique et qui sont hérités de génération en génération. Car, en réalité, ils ne constituent pas le legs de cette religion. Ce sont plutôt des erreurs humaines qui auraient pu être évitées ou dépassées sans altérer la véracité des faits. Cela aurait été l’occasion de tirer les leçons qui s’imposent afin de créer une richesse et une vivacité bénéfiques à toute l’humanité. Surtout à une époque qualifiée de rendez-vous du donner et du recevoir. Avec tout ce que cela représente comme partage et échanges d’expériences et de connaissances ne tenant pas en compte les frontières surtout en matière de gestion et de direction. D’autant que cela coïncide avec la décadence de la démocratie occidentale qui s’est mue en une loi de la jungle.

Abu Bakr (Rta) était un don divin pour les dirigeants où qu’ils se trouvent. Si on le prend comme tel pour répandre son modèle, la religion retrouverait son lustre d’antan et la Oummah gagnerait en unité et s’ancrerait davantage dans la voie de la dévotion. Et ce, de manière effective pas à travers des slogans creux.

Abu Bakr (Rta) a rempli sa mission après avoir transmis le message et conseillé la Oummah. Il a également balisé la voie à son successeur qu’il proposa au grand public qui l’accepta sans ambages. Une anticipation qui épargna à la religion les tiraillements et évita le vide laissé par un immense chef.

Mais, le nouveau Khalife était-il aussi bien outillé que son prédécesseur avec des textes d’approbation ? Avait-il avancé au-devant des difficultés pour faire face à des troubles ? Etait-il parvenu à empêcher aux comploteurs d’agir contre les intérêts de l’Islam ?

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