Combattre la pollution plastique: Quand la loi votée en 2015 glisse dans la forêt plastique

Chaque année la Journée mondiale de l’environnement est organisée autour d’un thème visant à rappeler un défi environnemental. La hantise plastique a retenu l’attention de la communauté internationale durant l’édition de 2018, d’où le thème, « Combattre la pollution plastique ». L’Inde est le pays hôte des festivités de la cérémonie officielle.

Le Sénégal à l’instar de toute la communauté internationale célèbre cette Journée mondiale consacrée à la sensibilisation, au plaidoyer et à l’action en faveur de l’environnement. Le thème de cette année doit être une occasion pour le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) de faire le bilan sur l’application de la Loi No 2015-09 du 04 mai 2015, relative à l’interdiction de la production, de l’importation, de la détention, de la distribution, de l’utilisation de sachets plastiques, mais également de revoir le combat contre ce fléau. Il semble que cette loi, entrée en vigueur depuis 2016, soit déjà ensevelie dans les « forêts plastiques » qui font le décor de notre cadre de vie, en milieu urbain notamment.

L’on ne cesse de le rappeler, le Sénégal est un champion dans la définition, l’adoption et la ratification de textes législatifs, mais il pêche dans la mise en œuvre. Il ne sert à rien d’adopter des lois si l’on n’est pas capable de les appliquer. En effet, l’adoption d’une loi n’est pas l’étape la plus difficile dans le processus de mise en œuvre des politiques publiques, mais c’est plutôt les dispositions prises pour une application correcte de celle-ci qui requièrent plus d’effort. Quelle sont les dispositions et mesures prises pour une application efficace de la Loi sur l’interdiction des sachets plastiques ? Apparemment s’il en existe, elles demeurent inefficaces.

Partout le décor reste le même, les « forêts plastiques » envahissent de manière honteuse notre cadre vie, sous le regard impuissant des municipalités. Le péril plastique continue de hanter le sommeil des soucieux d’un cadre de vie sain.

Dans mon dernier article sur cette même problématique, j’avais tenu à préciser que le péril n’est pas plastique, mais il est plutôt comportemental. Cela veut dire qu’il faudra consacrer beaucoup plus de temps à la sensibilisation afin de développer un comportement individuel et collectif plus respectueux de l’environnement. La question ne se résume pas à l’interdiction des sachets plastiques non biodégradables ; il faut promouvoir un changement de comportement, rendre le citoyen plus soucieux de la qualité de son cadre de vie, plus responsable pour devenir un acteur dans la protection de la cité. Avant d’être collectives, l’hygiène et la salubrité sont d’abord, et avant tout, une responsabilité individuelle, qu’il faudra cultiver dans les actes quotidiens, dans tous les espaces de vie.

En dehors des sanctions, nous devons mettre le focus sur l’éducation environnementale pour sauver notre cadre de vie du plastique.

Au-delà de la pollution plastique, la célébration de cette Journée mondiale devrait nous amener à interroger nos relations avec l’environnement de manière générale. Chaque jour nous assistons à des sinistres environnementaux causés de manière irresponsable par l’Homme.

Pour des activités éphémères d’une journée, on a l’audace d’abattre des arbres pour lesquels une surveillance d’au moins trente ans était nécessaire pour qu’ils atteignent une taille respectable, prétextant une gêne pour l’installation d’une tente pour les festivités de la 58ème fête d’indépendance au Boulevard du Général De Gaule à Dakar. Pire encore, on assiste à un abattage organisé de la bande de filaos sur la Grande côte dont l’implantation a valu plus de 40 ans de sacrifice (1948-1990). Le ministre de l’environnement parle de prélèvement pour les besoins d’habitat sur un ton d’une naïveté regrettable.

Faut-il le rappeler l’implantation de la bande de filaos revêt un caractère d’intérêt public général. Son objectif est de sauvegarder plus particulièrement les cuvettes maraîchères, les habitations et les infrastructures. Par conséquent, tout prélèvement expose les populations à des risques graves de sécurité et de perturbation des activités agricoles.

Il y’a une difficile cohabitation entre l’homme et les espaces verts dans nos cités. C’est pourquoi, nous devons saisir l’occasion qu’offre cette Journée mondiale pour nous réconcilier avec l’environnement de manière générale. Nos cités devront davantage intégrer la dimension écologique, à la fois dans leur conception et leur gestion. Il faudra rompre avec les paysages des cités désertiques et insalubres.

Momath Talla NDAO

Adresse : Kaffrine

momathtalla@yahoo.fr

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