Variante britanique: “Tout le monde, jeune ou vieux, en moins bonne santé ou en bonne santé, peut être le prochain patient à être admis en soins intensifs” Professeur Dominique Benoit

“Nous commençons à voir que les gens tombent gravement malades beaucoup plus rapidement”, explique le professeur Dominique Benoit, chef de département des soins intensifs Covid de l’UZ Gent. Une récente publication britannique indique également que ce variant serait plus meurtrier.
 
“Tout le monde, jeune ou vieux, en moins bonne santé ou en bonne santé, peut être le prochain patient à être admis en soins intensifs”. C’est la phrase la plus fréquemment entendue lors d’une enquête menée par HLN auprès de médecins en soins intensifs flamands sur le profil des 534 patients Covid actuellement en soins intensifs. 
Par exemple, dans des villes comme Anvers et Gand, des trentenaires et quadragénaires en bonne santé se retrouvent sous assistance respiratoire. Mais le profil des patients atteints gravement de la Covid-19 est encore différent selon les régions. 
 
Un variant qui touche tout le monde
À l’hôpital AZ West de Furnes, le chef de service Hervé Lebbinck observe désormais surtout des sexagénaires et des septuagénaires en soins intensifs. “Lors de la première vague, nous avons eu des personnes de plus de 80 et 85 ans. Il s’agit d’une région fortement vieillissante. Le nouvel afflux de patients a commencé au début du mois de février, après une épidémie à Dunkerque, de l’autre côté de la frontière”, explique-t-il. 
 
“Au début, nous ne savions pas que nous avions affaire au variant britannique. Nous avons vite compris que c’était différent. L’année dernière, nous avons surtout vu des patients présentant des facteurs de risque cardiaques et souffrant d’obésité. Aujourd’hui, des personnes que nous n’avions jamais considérées comme des patients à risque auparavant souffrent également de graves problèmes pulmonaires. Il y a donc beaucoup de frustration à propos de la lenteur de la vaccination. Heureusement, notre hôpital bénéficie d’un répit en termes d’admissions, mais cela semble être un coup de chance. Les hôpitaux environnants d’Ostende, d’Eeklo et de Bruges voient leurs unités de soins intensifs se remplir.”
 
Des patients jeunes et sans comorbidités 
 
À l’hôpital Jessa de Hasselt, le Dr Jasperina Dubois, médecin en soins intensifs, a constaté une nette évolution du profil des patients atteints de Covid: “Jusqu’au début de cette année, un patient sur dix de l’unité de soins intensifs n’avait aucun problème de santé grave. Parallèlement à l’apparition du variant britannique, ce groupe de patients qui était en bonne santé a augmenté de 30 %. Bien sûr, nous avons toujours des patients obèses qui ont des problèmes à cause de la Covid. Cependant, de plus en plus de patients peuvent arriver alors qu’ils font une taille 40 ou 42. Ils pèsent quelques kilos de trop comme la plupart des Belges, et ne souffrent pas d’hypertension artérielle ou d’un problème pulmonaire. Ce sont des gens dont on aurait pu penser qu’ils échapperaient à la maladie. Néanmoins, les trentenaires et les quadragénaires sont majoritaires dans notre unité de soins intensifs. Notre plus jeune patient en ce moment a 51 ans. Nous voyons également des quinquagénaires et des jeunes sexagénaires. L’âge moyen de la première vague était de 70 ans”.
 
Mais ces patients plus jeunes et en bonne santé arrivent généralement en moins bonne forme à l’hôpital, explique Mme Dubois. “Les personnes âgées sont hospitalisées dès qu’elles ont le moindre problème respiratoire. Les plus jeunes patients de la Covid attendent plus longtemps à la maison. Leurs organes ont plus de réserves et camouflent les problèmes, ce qui fait qu’ils sont souvent plus malades qu’ils n’en ont l’air. Si vous mesurez ensuite leur saturation en oxygène, on remarque que leur corps est déjà en situation d’urgence. C’est pourquoi certains d’entre eux doivent aller aux soins intensifs presque immédiatement.”
 
Plus vite gravement malade
 
À l’hôpital universitaire de Gand, la moitié des patients atteints de Covid en soins intensifs ont désormais moins de 48 ans. “Le plus jeune a à peine 37 ans. Ce rajeunissement est un phénomène des dernières semaines. Cela peut arriver à n’importe qui maintenant. Nous avons vraiment des gens qui ont peu de causes sous-jacentes, ils étaient relativement en bonne santé”, explique le professeur Dominique Benoit.
 
Le chef de département des soins intensifs Covid de l’UZ Gent a également remarqué que les jeunes patients sont souvent déjà plus malades avant d’arriver à l’hôpital. “Ils n’ont pas reçu de cortisone à domicile, un traitement qui permet souvent au patient de rester dans un lit d’hôpital ordinaire. Mais à part cela, je commence à croire de plus en plus que le variant britannique rend vraiment les gens plus malades. Au début, j’ai pensé que nous avions affaire à un variant qui pouvait frapper si fort au Royaume-Uni parce qu’aucune mesure n’était prise. Nous voyons maintenant que le virus est en fait plus contagieux. Et ce variant semble aussi être plus virulent et capable de causer des formes graves. Il fallait auparavant sept jours en moyenne pour que les patients soient essoufflés, alors que maintenant ils développent plus rapidement des symptômes plus graves.”
 
Une troisième vague qui pourrait être “la plus grave”
 
Des chiffres appuie les propos du professeur Benoit: “Environ 60 % des 33 patients Covid qui sont actuellement hospitalisés à l’UZ-Gand sont en soins intensifs ou dans un service de soins intermédiaires. Dans la première vague, ce pourcentage était de 55 %, dans la deuxième vague, il est même tombé à 40 % grâce au traitement à la cortisone. Cela explique probablement pourquoi le nombre de lits de soins intensifs occupés en Belgique est passé de 350 à plus de 500 en l’espace de deux semaines, tandis que la Covid touche désormais des patients plus jeunes que lors des deux premières vagues.”
 
“Pour nous, on est vraiment dans la troisième vague. Et elle pourrait bien être la plus grave. Espérons que nous ne nous retrouverons pas dans une situation comme celle du Nord de la France ou de Paris. De plus, nous abordons cette vague dans les pires circonstances imaginables: contrairement à la première et à la deuxième vague, nous ne partirons pas de zéro lit occupé en soins intensifs. Sans compter que notre personnel n’a jamais connu le repos au cours de l’année écoulée.”
 
Lors de l’enquête menée par HLN, le plus jeune patient Covid actuellement en soins intensifs recensé a 33 ans et était en parfaite santé jusqu’à présent. Il est actuellement hospitalisé au ZNA Middelheim à Anvers. 
 
Un variant 40% plus meurtrier?
 
“Les trentenaires et les quadragénaires en soins intensifs viennent s’ajouter à la majorité de la population plus âgée et non vaccinée”, s’inquiète Philippe Vets, médecin en soins intensifs. “Le centre de gravité de l’épidémie se situe encore chez les sexagénaires et les septuagénaires, qui ont souvent déjà des problèmes de diabète et d’hypertension. Cependant, plus il y a de nouvelles infections, plus les jeunes seront également infectés.” 
 
“Une récente publication britannique indique que le variant britannique est également 40% plus mortel. Cela n’a pas encore été confirmé par les chiffres en Belgique, mais il montre clairement qu’il est plus important que jamais de suivre les mesures”, conclut le médecin.