Dakarmidi – Abass Fall apparaît comme un homme du peuple avec quelques nuances de pudeur nées de son éducation. Sans candeur naïve, il décline à tout moment sa vision prospective collée à la rectiligne des réalités politiques de son parti d’appartenance. Il reflète l’image d’un militant intègre, résolument inscrit dans la bataille pour le renouveau.
Élu maire de Dakar le 25 août 2025 avec 49 voix, il n’a pas surgi de nulle part. Son autorité ne doit rien au hasard des circonstances. Elle s’est forgée dans l’âpreté du terrain, dans la constance des assemblées, dans la fidélité aux combats de PASTEF lorsque l’adversité imposait le silence aux plus tièdes. De ces année-là, il garde une retenue qui tranche avec l’emphase, et une lucidité qui récuse les promesses creuses.
Devenu ministre du Travail, de l’Emploi et des Relations avec les Institutions, il a éprouvé la machine d’État sans se départir de sa grammaire de militant. Le chômage des jeunes, le dialogue social, la tension des quartiers : autant de dossiers qu’il n’aborde pas en technocrate désincarné, mais en homme qui sait que chaque statistique est d’abord un visage.
Son élection à l’hôtel de ville, face à Ngoné Mbengue, Daouda Gueye et Mohamed Masamba Sèye, scelle plus qu’une alternance locale. Elle aligne, pour la première fois depuis des années, la volonté de la capitale et celle du pouvoir central. Le président Bassirou Diomaye Faye l’a signifié : le mandat doit épouser le service public, le dialogue, l’action résolue pour les Dakaroises et les Dakarois.
L’espérance qu’il suscite n’est donc pas celle du miracle. C’est l’espérance sobre d’un homme qui connaît le prix de l’eau dans les maisons inondées, le coût d’un bus qui ne passe pas, l’urgence d’un marché à assainir. Il n’a pas droit au verbe sans la preuve. 4 millions d’habitants l’observent. 30 conseillers n’ont pas porté sa voix.
Son parcours dit l’intégrité. Son mandat devra dire l’efficacité. Dakar ne demande pas un messie. Elle réclame un maire. À lui de démontrer que la pudeur n’exclut pas l’audace, et que la ligne du parti peut devenir l’horizon d’une ville.
Au fond, Abass Fall n’est jugé ni sur l’éclat de son élection, ni sur la ferveur de son camp. Il est attendu au seuil des réalités de Dakar, là où les discours s’effacent devant l’épreuve des faits. Sans posture ni incantation, il lui revient d’administrer la preuve que la pudeur peut gouverner, que l’intégrité peut bâtir, et que la ligne d’un parti, lorsqu’elle épouse la rigueur du réel, peut devenir le tracé d’une ville réconciliée avec elle-même. L’histoire ne retient pas les intentions. Elle consacre les actes. Dakar, elle, ne pardonne pas l’atermoiement.
Doyen Majib Sène
