A SADA KANE, L’ARBRE FEUILLÉ DE LETTRES par FARA NDIAYE.

J’ai hésité. Puis, j’ai écrit. Car les écrits sont les meilleurs témoins du temps. « Les auteurs meurent mais leurs écrits demeurent ». Voilà bien une chance heureuse. Quand l’éphémère côtoie l’éternité sous le cocon des lettres, le temps fugitif devient une toile cirée d’espoir. Je n’attendrai pas le jour où vous quitterez ce monde, pourvu que j’en sois témoin, pour vous faire un hommage sur un post alléchant que je mettrai dans un réseau social, espérant ainsi vous prouver ma gratitude. Je n’attendrai pas ce moment. Je le fais maintenant. Il est des silences qui meurent lentement dans la fournaise de nos cœurs et ou esprits. Il est aussi des silences que nous couchons sur des papiers pour nous éviter de valser au rythme pénaud de l’ingratitude. Ma reconnaissance ! Ne serait-ce que me calfeutrer sous l’indulgence de ce vocable ô combien noble, combien sérieux pour vous prêter ces quelques mots que je juge faibles, mais mieux que le silence.

J’ai trente ans. Mais je me sens déjà vieux. Rire. Je continue ? Sada, vous êtes l’une des rares personnes sur qui j’ai porté mon « REGARD » depuis tout petit. Et jusqu’ici vos « IMPRESSIONS » sont pour moi un abreuvoir. Avec vous on ne cesse de boire la littérature tel un ivrogne dans le tabernacle des saints. Du vin ! aurait crié le soufi qui voudrait étancher sa soif du divin. Vous êtes un inspirateur, un promoteur de la littérature. Je vous regarde parfois à l’image de l’éditeur « Pape Samba BADJI », un homme à qui je voue un respect profond. Tous les deux vous avez cru au talent exquis des jeunes artistes, poètes et ou slameurs, qui longtemps vivaient leur art à l’ombre comme de véritables virtuoses. Sada, vous avez aimé, apprécié, encouragé et soutenu les jeunes. De *Dalal Slam* au « Collectif Parlons Poésie (CPP) », vous avez montré votre présence et l’intérêt que vous portez sur ce que nous faisons. Voilà bien un signe de grandeur ! La littérature n’appartient à personne, si j’ose bien le dire. Mais, me semble-t-il qu’au Sénégal une minorité blanchie par l’âge se l’approprie. Démystification. Élargissement. Ô temps pour les jeunes !

Le peu de temps, que je vous ai côtoyé Sada, m’a permis de comprendre que vous êtes un sage. Précision.  « N’estpas sage toute personne âgée ». Dans le cadre de votre travail, vous faites preuve d’une grande expertise cimentée d’un professionnalisme rare comme un soleil de minuit. Votre prudence, tolérance et constance, humilité et simplicité, me renvoient à l’école du caméléon, dont l’enseignement me fut parvenu par *Amadou Hampaté BA*. Si *Cécilia Samartin* nous parle de son personnage Anna, qui a un don qu’elle tire de l’amour pour sa maman. Vous le don que vous avez c’est, celui de remuer les esprits et d’égayer les cœurs. Sada, vous n’êtes pas pour moi un grenadier, un palmier, un jujubier, un anacardier. Vous êtes ni une églantine, une tulipe, un coquelicot, un rosier. Vous êtes juste un « ARBRE ». Mais « un arbre feuillé de lettres ». Qu’est ce que l’arbre ? L’arbre est un être vivant végétal qui s’enracine par ses racines, se soutient à l’aplomb par son tronc, et s’ouvre par son houppier. Quand l’arbre est feuillé de lettres, il devient ainsi une ambroisie qui nourrit les âmes, les esprits. Je répète: Sada, vous êtes un arbre feuillé de lettres.

J’ai peut-être beaucoup dit ou même trop, mais je n’en dirais jamais assez sur vous. Puisse Dieu vous satisfaire par la beauté et la profondeur de « Mawahibou ». Je clos ici mes propos pour ne point les clore. J’emprunte enfin la prière d’Anatole France, le temps de donner un répit à ma plume :  »

« Votre santé ! Votre chère santé ! Je donnerais avec joie tout mon sang pour conserver les jours d’un savant, d’un littérateur, d’un homme de mérite, d’un membre de l’Institut ». » Fin de citation.

Fara Ndiaye artiste-poéte,

Président Collectif Parlons Poésie ( CPP )

Kanel, le 09 février 2020