Magal de Serigne Abdou Khadre Mbacké : retour sur la vie et l’œuvre d’un soufi exemplaire et inégalable

Chroniques du Midi

By Gentle Mara

Dakarmidi- La communauté mouride célèbre en ce 13 septembre le Magal de Serigne Abdou Khadre Mbacké à Touba, un rendez-vous annuel qui réunit des talibés, fidèles et sympathisants musulmans venus de tous horizons pour commémorer celui qui fut le 4e Khalife de Khadim Rassoul, De sources proches de sa famille, sa naissance, survenue en 1914 à Darou Alim où il fit ses premières humanités, correspondait avec la période où Serigne Touba venait juste de retourner à Diourbel après 7 ans d’exil au Gabon, 5 ans en Mauritanie, 5 ans à Thiéyène Djolof. A cette époque, poursuit nos interlocuteurs, Serigne Touba demanda à Mame Thierno Birahim, son frère, d’aller célébrer cette naissance en lui donnant le nom de Cheikh Abdou Khadre Dieylani. Cheikh Abdou Khadre Mbacké est non seulement le fils de Cheikh Ahmadou Bamba, mais aussi son neveu, car sa mère Sokhna Aminata Bousso est la fille de Serigne Mboussobé, frère aîné de Sokhna Mame Diarra Bousso, Mère de Serigne Touba. Cheikh Abdou Khadre Mbacké, complètement détourné des mondanités et des faveurs de la vie ici-bas, toute sa vie durant, il l’a consacrée à la dévotion, à la méditation et à l’enseignement de Khadim Rassoul. Un soufi inégalable, maître dans l’art d’enseigner la parole de Dieu, fervent artisan de la paix, Cheikh Abdou Khadre savait entretenir d’excellentes relations avec tout le reste de la famille de Borom Touba et au-delà de toute la Ummah islamique. Borom Bagdad, comme on l’appelait affectueusement, suivait régulièrement les avis de communiqués à la radio. C’était, selon certains témoignages, une occasion pour le saint homme de formuler des prières à l’endroit des disparus. Des qualités qui, somme toute, le prédestinaient d’ors et déjà Imam, intronisé par ailleurs comme tel en 1968. Depuis cette date jusqu’en 1990, il a eu à diriger les prières à la Grande Mosquée de Touba, à l’exception seulement des périodes de pèlerinage (quatre fois) et la semaine qui précéda son décès, le 13 mai 1990 après 11 mois seulement de Khalifat. Il a remplacé au trône Cheikh Abdou Lahad.

Ami de tout le monde, il avait une popularité telle que tous les habitants de Touba, à commencer par ses frères, le considéraient comme leur guide religieux.
D’une nature généreuse, comme son père, Serigne Abdou Khadr était très prodigue de ses prières sur tous ceux qui le sollicitaient à cet effet, surtout les malades qu’il guérissait de façon quasi miraculeuse si, tout bonnement, il ne  » mettait pas la main à la poche  » pour régler leurs frais médicaux, les ordonnances y compris.

Comme son père,  » Boroom Bakhdaad « , avait une connaissance si extraordinairement approfondie des Hadiths et de l’histoire de l’Islam en général qu’en la matière il était devenu une référence. Il affectionnait particulièrement, entretenir son entourage de la vie et des faits du Prophète (Paix et Salut sur Lui) et de ses Glorieux Compagnons. Il en parlait avec une précision si étonnante, un soin du détail si poussé qu’on avait l’impression qu’il les avait connus physiquement:Les couleurs habituelles de leurs vêtements, la carnation de leur peau, la texture de leurs chevelures, les détails particuliers de leurs personnalités, leurs traits de caractère distinctifs, tout, jusqu’aux faits d’armes dont les uns et les autres sont crédités, leur niveau d’érudition et les capacités de chacun, tout était passé en revue avec minutie, comme s’il parlait d’amis qu’il pratique au quotidien.

Évidemment la sunna n’avait pas de secret pour lui. Et, comme son père, il mettait un soin particulier à se conformer à ce modèle parfait. Tous ses faits et gestes, comme ses paroles, étaient calqués sur ceux du Meilleur des hommes (Paix et Salut sur Lui) A l’exemple de son père, il montrait, à l’approche de l’heure de la prière, un regain d’enthousiasme frisant même l’euphorie. On le voyait alors s’apprêter avec la dernière minutie. Le Cheikh considérait la prière comme une comparution devant le Maître du Trône. Il fallait donc pour cet instant solennel observer un soin corporel et vestimentaire très minutieux . On pouvait alors voir Serigne Abdou Khadr, délicieusement parfumé des senteurs les plus suaves, se rendre au lieu de culte d’un pas alerte, plein d’entrain.

La ressemblance avec son père n’était pas seulement morale. Elle était aussi physique, et de façon absolument frappante. Même silhouette frêle et menue d’apparence, même vêture sobre mais adaptée à l’ascèse, même démarche rapide surtout si la destination est un lieu de dévotion. Leurs traits étaient empreints de la même sérénité et reflétaient le même bienveillant amour pour leur prochain mais aussi leur farouche détermination de repousser toute forme de compromis dans le service de Dieu et de son Elu (Paix et Salut sur Lui) La même douce lumière divine illuminait leurs yeux pleins de compassion pour le genre humain.

La profondeur de sa piété filiale a conduit Serigne Abdou Khadr à effectuer de fréquentes ziarra sur les mausolées des membres de la famille du Cheikh comme sur ceux de ses grands disciples. Ainsi il se rendait souvent à Nawel sur la tombe de Sokhna Asta Walo, la mère de Sokhna Diarra BOUSSO, sa vénérable grand-mère dont il visitait fréquemment le mausolée à Porokhane, à Sagatta Djolof sur celle de Mame Mâram un ancêtre du Cheikh, comme à Deqlé où repose Serigne Mor Anta Sally son grand-père paternel. Les sépulcres de Serigne Mboussobé son grand-père maternel et de son oncle Mame Mor Diarra à Mboussobé recevaient aussi ses visites assidues, de même que celui de Mame Bara Sadio, un grand-oncle du Cheikh, à Bofel.

Cette même piété filiale explique le profond et indéfectible attachement qui liait Serigne Abdou Khadr à son oncle Serigne Thierno Ibra Faty. Il lui rendait de fréquentes visites à Darou Moukhty et, bien après la disparition du saint homme, il a continué à entretenir d’excellents rapports avec sa famille.

Serigne Abdou Khadr nous a laissé le souvenir d’un homme au visage empreint d’une douceur angélique. Par-dessus ses lunettes qu’il portait très bas sur le nez, son regard indulgent traduisait toute la profondeur de son grand cœur, caressait et éclaboussait une généreuse et débordante magnanimité l’assistance venue solliciter ses bénédictions. A nos oreilles résonne encore le timbre bien posé de sa voix. Et, bien souvent, nous avons l’impression de l’entendre encore déclamer, de la façon magistrale et sublime dont lui seul avait le secret, les sourates qu’il récitait lors des prières du vendredi à la Grande Mosquée. Alors, c’est à grand peine qu’on réussit à réprimer les sanglots qui montent du plus profond de notre être.

L’amertume d’une perte prématurée ressurgit, surtout si l’on pense aux réponses qu’il faisait à tous ceux qui, s’adressant à lui, lui souhaitaient longue vie. A ceux-là, il répondait avec un demi-sourire :  » Ce serait tout bénéfique pour vous ! Mais il a plu à Dieu qui nous l’avait donné pour notre bonheur de nous l’arracher après seulement onze mois de magistère.

Il aura vécu un séjour terrestre de 75 ans. Exactement comme son père ! A Dieu qui nous l’avait donné nous disons : « Inâ li lâhi wa inâ ilayhi râjihôn «  De Lui nous venons, à Lui nous retournerons. Que Sa volonté s’accomplisse ! Bénis soient Ses arrêts, même si notre pauvre nature humaine, imparfaite par essence a de la peine à endurer les douleurs qu’ils peuvent engendrer.

Tout de même, il y a une petite atténuation à notre détresse : Serigne Abdou Khadr lui-même, semblait savoir que son magistère allait être éphémère. En effet, à tous ceux qui lui présentaient un projet qui s’inscrit dans la durée, il demandait invariablement d’en faire part, plutôt, à Serigne Saliou, celui qui allait lui succéder dans les fonctions de Khalife. Comme s’il savait qu’il n’aurait pas le temps d’entreprendre ou de piloter quoi que ce soit qui doive aller au-delà du très court terme.

Encore aujourd’hui, son ombre plane sur cette Mosquée qu’on imagine difficilement sans lui, tant il faisait corps avec l’ambiance des lieux. Et c’est tout naturellement que son mausolée, qui ne désemplit jamais, est situé à l’Est de ce monument incomparable de la Foi qu’il a servie jusqu’à son dernier souffle.

Encore aujourd’hui, ses exploitations agricoles et daaras de Guédé, Boustane et Bakhdad perpétuent le souvenir d’un Saint, d’un érudit incomparable et d’un serviteur de Dieu inégalable. Tel un éclair fulgurant, il a traversé le ciel de l’Islam, laissant pantois un peuple abasourdi encore incrédule d’avoir compté dans ses rangs un « esclave de Dieu » de cette dimension.

Suprême consécration de sa haute stature islamique, c’est toute la communauté musulmane du pays, toutes confréries confondues, qui a rendu hommage, en Serigne Abdou Khadr, à l’Imam des Imams, le jour de sa disparition en 1989.
Nous ne doutons point qu’avec son père Serigne Abdou Khadr Boroom Bakhdad peut dire :
« Qidmatuhû anil huyôbi az habat wa listiqâmatan wa safwâ wa habat »

A la droite du Cheikh, au Paradis d’Allah, devant leur Maître, le Modèle Parfait (P.S.L.), il doit goûter avec délice le salaire de la constance dans la droiture pour la seule face de Dieu. Puisse son aura et sa baraka rejaillir un peu sur nous et nous inspirer dans notre quête de la béatitude éternelle par le moyen de la constance dans la voie tracée par Cheikh Ahmadou BAMBA.

Sources : Xibar.net (l’obs) – htcom.sn

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