Anniversaire de la disparition de Serigne Touba : Parcours d’un Saint multidimensionnel

Dakarmidi – Chronique du midi

L’homme était un ascète qui avait renoncé aux honneurs de ce bas monde, au pouvoir et à ses lustres pour se consacrer exclusivement au service d’ALLAH et se complaisait dans l’imitation du Prophète Mouhammad (PSL):

 » En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment. » Coran S-33 Verset 1

Ce 19 Juillet célébrant l’anniversaire de sa disparition, Gentle Mara voyage aux sources de celui qui est présenté comme le serviteur éternel du Noble Prophète de Médine -Psl- à travers les oeuvres et réflexions portant sur sa vie et son oeuvre

Qui était Cheikh Ahmadou Bamba ?

Cheikh Ahmad ibn Muhammad ibn Habiballah, plus connu sous les noms de Cheikh Ahmadou Bamba MBacké ou Serigne Touba, est venu au monde au mois de Muharram de l’an 1270 après l’Hégire (calendrier musulman) soit vers 1853 ou 1854 de l’ère chrétienne, à MBacké Baol (Sénégal), village fondé par son arrière grand père Muhammad Al Khayr.

Sa famille brillait par sa sagesse et sa piété: sa mère Mariama Bousso, vertueuse et pieuse, était surnommée Djaratoullah, la proche d’ALLAH; son père, Muhammad ibn Habiballah, aussi appelé Mor Anta Salli, était un jurisconsulte réputé et un imam très respecté auprès des musulmans, mais aussi des princes et des rois (en tant que Cadi du roi Lat Dior, il était chargé de l’exécution du droit à l’intérieur du royaume).

A l’école coranique, Cheikh Ahmadou Bamba fit preuve d’une grande soif de connaissances. Son père l’avait confié à Serigne MBacké NDoumbé puis à Mouhammadou Bousso, auprès desquels il put apprendre l’ensemble du Coran et certaines sciences religieuses (théologie, mystique, droit musulman, prières) en un temps record.

Jusqu’à 1300 après l’Hégire (1882 Grégorien), Cheikh Ahmadou Bamba s’occupait de l’enseignement auprès de son père et a écrit de nombreux ouvrages dans le domaine de la Jurisprudence, la Théologie, le Perfectionnement Spirituel, ….

Après la disparition de son père en 1301 après l’Hegire (1883 Grégorien), Cheikh Ahmadou Bamba put révéler en totalité sa personnalité mystique et se livrer davantage à la vie ascétique et désintéressée entièrement axée sur l’imitation du Prophète (Paix et Salut sur lui).
Son détachement du pouvoir temporel des princes fut beaucoup critiqué par ceux qui espéraient qu’il continuerait dans le sillage de son père en tant que conseiller et magistrat du roi mais il resta ferme dans son choix:

« Ils m’ont conseillé: « Va t’agenouiller devant les détenteurs du Pouvoir et tu obtiendras des récompenses qui t’enrichiront pour toute la vie »

« J’ai répondu: « Je compte sur mon Seigneur, je me contente de Lui, je ne désire rien d’autre que le savoir et la religion.

« Je n’espère qu’en mon Roi, je ne crains que Lui – qu’Il est Auguste – qui peut m’enrichir et me sauver.

« Comment pourrais-je confier mes affaires à des gens qui sont aussi incapables de s’occuper des leurs que des crève-la-fin?

« Ou bien comment l’amour des vanités de ce monde m’oblige-t-il à fréquenter des êtres dont la mesure est le parterre fleuri des démons?

« Si j’éprouve du chagrin ou bien si j’ai une reqête à présenter, c’est au maître du Trône que j’adresse mes prières.

« Il est l’aide que rien ne réduit à l’impuissance et c’est lui qui fait ce qu’il veut de la manière qui lui plaise.

« S’il veut brusquer une affaire, celle-ci est vite faite et s’il s’il veut en retarder l’échéance, elle ne sera acomplie qu’après le délai marqué.

« Ô toi qui blâmes, ne vas pas trop loin! Cesse de me blâmer! Car mon abandon des futilités de cette vie ne m’attriste point.

« Si mon seul défaut est la renonciation aux vanités des princes, c’est là un précieux vice qui ne me déshonore point.  » (« Qâlû liya arkân »).

Cet évènement marqua son passage de la qualité de maître d’école à celui de guide spirituel. et c’est ainsi qu’en 1883, il fonda la Mouridiyya ou Voie de l’imitation du Prophète (Paix et Salut sur Lui).

Malgré les preuves qu’il a fournies à l’Islam dans le domaine de la formation religieuse et de la foi, Cheikh Ahmadou Bamba n’a jamais prétendu se rattacher au prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui) par lien généalogique.
Il ne se réclame non plus d’aucune appartenance chérifienne sinon que par sa chaîne mystique, il se relie au Prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui), son unique guide vers ALLAH.

Son fils et biographe, Cheikh Bachirou MBacké le décrit ainsi, dans « Les Bienfaits de l’Eternel »:

« Il savait supporter avec patience maintes douleurs, braver les plus graves périls avec calme et douceur, sans laisser apparaître le moindre signe de peine ou de chagrin.
Il ne se laissait aller à la colère que pour plaire à Dieu.
Il supportait l’effort. Il ignorait la fatigue. Il ne se reposait qu’après la victoire, le triomphe.
C’était un plaisir pour lui que de travailler continuellement en se donnant à sa tâche corps et âme.
Il faisait preuve de générosité et de bonté dans le bonheur, de patience et de fermeté dans le malheur.
Il affrontait les obstacles sans se soucier de personne. Dans tous les cas, il suivait strictement ce qu’approuve et exige la loi islamique, la voie tracée et agréée par Dieu le Très-Haut à Muhammad (Paix et Salut sur Lui), le meilleur d’entre les serviteurs »

Autant de qualités connues du Prophète Mouhammad (PSL).

Cheikh Ahmadou Bamba était de petite taille et s’habillait de manière simple. Il ne se retournait jamais sur son chemin et ne riait jamais aux éclats. D’une remarquable sobriété, Cheikh Ahmadou Bamba ne prenait qu’une petite quantité de nourriture; par contre il aimait beaucoup se servir du thé, et surtout de café et ne faisait usage que du sucre en pain appelé « telsi ».

Après les heures de prières, il aimait souvent faire des promenades solitaires à travers les allées tracées entre les palissades de tôles, se livrant à la méditation.

Cheikh Ahmadou Bamba employait tout son temps entre la prière, la lecture et l’enseignement qu’il dispensait à ses nombreux disciples en plein air. Il avait l’habitude de se servir du sol sablonneux en guise de tableau sur lequel il dessinait avec son doigt des petits schémas destinés à soutenir ses démonstrations et à aider la mémoire de ses auditeurs.

 En effet, le 5 septembre 1895,  il fit l’objet d’un conseil privé expéditif à l’issu duquel sur la base d’allégations mensongères,  il a été condamné à la déportation vers la forêt inhospitalière de Mayumba (Gabon) où il a vécu plus de 07 ans (1895-1902) dans des conditions inhumaines. 07 ans où l’indifférence du Cheikh par rapport aux traitements inhumains que lui réservaient l’ennemi est à saluer. Il soutient:  « vous m’avez exilé sous prétexte que je suis un adorateur de Dieu qui mène le jihad.  Je vous donne assurément raison car je mène le jihad pour l’amour de Dieu. Mais mon jihad se fait à travers la connaissance et la pitié, à ma qualité d’adorateur de Dieu, de serviteur du prophète. Et le seigneur qui régente toute chose en est témoin(…)Et si les ennemis possèdent des armes par lesquelles ils sont redoutés. Mes armes quant’ à moi sont celles dont j’ai parlé. Et c’est ainsi que je mène le jihad ». 

De retour au Sénégal en 1902 il sera de nouveau exilé en Mauritanie (1903- 1907) où il vit auprès de Cheikh Sidiya Baba, un érudit arabe pour que la complexité de couleur fait son effet, mais l’attitude du Cheikh reste indifférente. Il passa 04 ans en Mauritanie avant d’être astreint à une résidence surveillée à Thieyene Djoloff de (1907-1912) où l’administration coloniale faisait subir des atrocités à tous ceux qui souhaiteraient lui rendre visite.

Dans cette veine de captivité Cheikh Ahmadou Bamba sera transféré à Diourbel (1912-1927) où il y  passa 12 ans.  D’ailleurs c’est là où il a rendu l’âme en 1927,  enterré à Touba après 32 ans de courage d’abnégation et de détermination.  Cheikh Ahmadou Bamba ne s’est jamais lamenté sur son sort. C’est justement ce qui lui a valu ce beau témoignage du Commandant de cercle de Diourbel dans son rapport.  Je cite:  « ce Cheikh détient une puissance innée dont la raison ne parvient à saisir la source, il semble qu’il détienne une lumière prophétique et un secret divin semblable à ce que nous lisions dans histoire des prophètes .

Celui-là se distingue toutefois par une pureté de cœur, de bonté et un amour du bien aussi bien pour l’ami que pour l’ennemi ». 

Au-delà des ses pérégrinations Cheikh Ahmadou Bamba a fondé sa propre doctrine en 1882 à savoir le Mouridisme qui n’est que le chemin vers le salut de l’âme. A l’instant où nous sommes, le Mouridisme compte plus de 04 millions d’adeptes à travers le monde.  Cheikh Ahmadou Bamba a fondé plusieurs villes. Touba 1888 est en un parfait exemple. Touba la cité bénite de rêve du Cheikh dans Matlabul Fawzayni. Il dit:  « fais de ma demeure la cité bénite de Touba, une cité de perfectionnement et de redressement; un centre d’enseignement et d’instruction approfondie ».

A moins de 02 siècles la ville sainte de Touba est devenue la deuxième ville du Sénégal avec plus de 02 millions d’habitants.  En définitive lui qui se réclame par ses écrits et par ses actes d’être le serviteur du Prophète (Psl) ainsi le sauveteur universel. « Si ce n’était pas le fils D’Adam je ne passerai une seule nuit sur terre. N’abusez pas de ma condition d’homme noir pour ne pas profiter de moi ». 

Jusqu’à son rappel à Dieu le 19 juillet 1927, à Diourbel (Sénégal), Cheikh Ahmadou Bamba n’a jamais changé le cours de cette existence humble et austère entièrement consacrée au service d’ALLAH et de son Prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui).

Sources: Toubakane – Modou Diakhaté – Le coordonnateur du Mouvement des Jeunes Intellectuels de Touba(M-J-I-T)