Aïd el-Kebir 2018 : Sénégal, un pays en route pour deux Tabaski ?

Chroniques du Midi – By Gentle Mara

L’Aid el-Kebir ou Aid el-Adha signifiant la fête du sacrifice est l’une des plus importantes des fêtes islamiques.  

Elle est appelée Tabaski dans les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale (TchadCameroun) ayant une importante communauté musulmane. Elle a lieu le 10 du mois de dhou al-hijja, le dernier mois du calendrier musulman, après waqfat Arafa, ou station sur le mont Arafat et marque chaque année la fin du hajj.

Cette grande fête, objet de notre chronique a une particularité au Sénégal, et cette année-ci il me semble qu’elle sera fêtée à deux reprises si l’on s’en tient à la commission du croissant lunaire annonçant la fête le mercredi 22 Aout alors que la Coordination des musulmans du Sénégal (CMS), par la voix de Serigne Mor Sarr, a déclaré, hier dimanche, que la Tabaski sera fêté, au Sénégal, le mardi 21 août prochain, soit 10 dhou-al-hijja 1439 de l’Hégire, c’est à dire le lendemain de la station d’Arafat pour les pèlerins à La Mecque.

Voilà encore une fois pour un pays deux fêtes, Pourquoi ?  d’où vient l’incompréhension, qui a tort, qui a raison ? Sommes-nous dans l’impossible unité des musulmans ?

A quand la fin de la division chez des musulmans, et il n’est guère utile, aux yeux de ceux qui connaissent les réalités de l’islam, de rappeler que les musulmans constituent une même communauté ou avons-nous oublier ces propos de Dieu dans le Coran sublime  «  Cramponnez-vous ensemble à la corde d’Allah et ne vous divisez pas » (Sourate 3-1v3)

Les divisions, les divergences et les tiraillements sont des causes de défaite et de disparition pour la communauté: « Et obéissez à Allah et à Son messager; et ne vous disputez pas, sinon vous fléchirez et perdrez votre force. Et soyez endurants, car Allah est avec les endurants. » (8 : 46).

Les 2 fêtes ?

Tantôt je disais la particularité du Sénégal dans la célébration des fêtes islamiques, et ce depuis ces dernières décennies, et l’apparition de la lune constitue la cheville ouvrière qui est au centre de tant de confusions, s’y ajoutent les astronomes pour une approche scientifique, peut-être une issue pour régler le débat de la division.

Au mois de Mai passé,  les différentes sensibilités de l’islam réunies au sein du Cadre unitaire de l’islam au Sénégal, ont annoncé avoir convenu de mettre en place « une coordination permanente des commissions d’observation du croissant lunaire », en réponse aux « appels maintes fois réitérés » par les pouvoirs publics, pour l’unité des musulmans à l’occasion des célébrations des fêtes religieuses.

Mais jusqu’à présent le problème est loin d’être résolu et l’heure est grave en cette fin des temps avec des crises accentuées au sein de  l’islam.

Un article sur la situation paru aux colonnes du Sud Quotidien en apporte des précisions et contrairement à cette coordination, pour la Commission nationale de concertation sur le croissant lunaire (CONACOC),  la Tabaski ne peut être célébrée dans notre pays qu’à partir de mercredi 22 août 201. Sinon, ce sera le 23 du même mois. «Ce dimanche marquant le 29e jour du mois lunaire va préparer le mois du Hajj, donc le mois de la Tabaski. Ce soir, nous allons scruter le ciel pour pouvoir déterminer quel jour sera le jour (de la fête). Si la lune apparait, ce sera au 10e jour du mois lunaire, vers le 22 août. Si ça n’apparait pas, on mettra un jour de plus», a expliqué Imam Oumar Diène, membre de la CONACOC, sur la Rfm.
 
Et de relever que la commission ne se base sur l’Arabie Saoudite. «Nous ne sommes pas en Arabie saoudite. En Arabie saoudite, eux, ils ne scrutent pas le ciel pour la Tabaski, mais pour fixer le jour de Arafat. Alors que nous, c’est la Tabaski qui nous incombe. Nous ne faisons pas le Hajj, nous ne sommes pas liés à ce programme». Contacté par Rfm, le président de l’Association sénégalaise pour la promotion de l’astronomie (Aspa), Maram Kaïré, a prévu la Tabaski pour le 22 août prochain.
 
ARABIE SAOUDITE : L’AID EL ADHA CELEBRE LE MARDI 21 AOUT, LENDEMAIN DE ARAFAT
 
L’Aïd el Adha sera célébré, le mardi 21 août, en Arabie Saoudite, a informé la Cour suprême saoudienne. La même source de souligner que waqfat Arafa (le rassemblement sur le mont Arafat) aura lieu la veille, lundi 20 août prochain. Donc le dimanche 12 août 2018 correspond ainsi au 1er dhou-al-hijja 1439 de l’hégire.
 
Même si le monde musulman célèbre l’Aïd Al Adha généralement à la même date, sachant que celle-ci suit obligatoirement le rassemblement des pèlerins sur le mont Arafat, la veille, des pays comme le Sénégal et le Maroc, entre autres, feront exception à cette donne.
 

Qui a tort, qui a raison, nous  voulons l’unité au sein de la communauté, point pas autre chose

 «Ô les croyants ! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. Puis si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez cela à Allah et au Messager, si vous croyez en Allah et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation (et aboutissement). (4. Les Femmes : 59 – An-Nisâ’) . »

 Sommes-nous dans l’impossible unité des musulmans ?

J’apprenais du Docteur Mouhamadou Bamba Ndiaye  – Ancien Interne des Hôpitaux de Dakar / Pédiatre à Thiès qu’en  vérité, la désunion des musulmans tient à un contentieux doctrinal quasi insoluble entre les différentes confréries – essentiellement à un problème de leadership !!! Et très vraisemblablement, c’est Dieu – qui fait ce qu’il veut, dirige qui Il veut et égare qui Il veut (sans exception) – qui en a décidé ainsi, afin de nous éprouver et de susciter une émulation (concurrence), conformément à sa coutume :

(48) … Si Allah avait voulu, certes, Il aurait fait de vous tous, une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez-vous donc dans les bonnes œuvres. C’est vers Allah qu’est votre retour à tous ; Il vous informera de ce en quoi vous divergiez. (5. La Table Servie : 48 – Al-Mâ’idah)

Sheikh Muhammad Abû Zahrah, (1898-1974) savant et écrivain égyptien musulman pensait qu’il est même indispensable qu’un groupe parmi nous se fasse un devoir d’y appeler, et d’y inviter les gens, faute de quoi l’islam n’aura aucune dignité et les musulmans n’auront aucun poids. Parmi les vérités établies, il est en effet celle qui stipule que ce qui relèvera les générations postérieures de cette communauté n’est autre que ce qui a servi à relever les générations antérieures. Elle ne saura retrouver son passé glorieux et honorable que lorsqu’elle réunira les prémices de ce passé. Cette communauté n’aura aucune puissance sauf à puiser dans l’aube de son histoire la force et la foi, et dans sa religion la force et la constance. Cela se réalisera lorsque ses contrées et ses individus seront réunis autour d’un principe unificateur dont nul ne départira ni ne divergera.

Toutefois, ce n’est pas une leçon de morale que je veux donner mais plutôt ma vision propre sur ce qui se passe et comme le dit l’adage : « j’avais dit vaut mieux je savais » en d’autres termes vaut mieux prévenir que de guérir c’est pourquoi, je crois que chacun de nous a le plein droit et même le devoir de dire sans animosité, sans rancune ni rancœur ce qu’il pense de ce pays mais, dans le seul objectif d’ajouter sa pierre dans la construction d’un pays où règnent la paix, la justice et le développement.