États financiers de la SÉNÉLEC 2011 à 2017 : 5 inférences analytiques d’une gestion à risque ! (Par Balla Moussa Fofana )

Dakarmidi- Après 7 ans de gestion d’un plan d’émergence importé, le régime annonce une hausse des factures d’électricité de 12 milliards de FCFA. Pour le contribuable sénégalais, cela veut dire que les factures payées à la SÉNÉLEC, les recettes retranchées de nos revenus et les emprunts contractés en notre nom n’ont pas suffi à ce régime. C’est ainsi que nous avons procédé à l’analyse des états financiers de cette compagnie nationale détenant le monopole d’un service vital et stratégique pour les citoyens et entreprises sénégalaises. De l’analyse des données comptables, de l’évolution des postes de dépenses et des ratios financiers sur 7 ans de gestion, 5 inférences analytiques démontrent à suffisance le caractère d’une gestion passive, scabreuse et mensongère.

1- Un potentiel d’affaires négligé.

En 2011, les états financiers de la Senelec affichaient des ventes de 242 milliards pour un nombre de clients s’élevant à 900.000. Rapporté au 1.4 million de ménages que comptait le Sénégal nous avions une pénétration à 62%.

7 ans plus tard, les états financiers de 2017 affichent une augmentation de la clientèle de la Senelec qui passe à 1.3 million de clients sur 1.7 million de ménages sénégalais soit une pénétration de 77%. Cette progression de 2.14% par an est causée par la progression démographique qui est à 2.82% par an avec une structure des âges dominée par les jeunes.

Concrètement c’est plus de 350.000 ménages soit plus de 3,5 millions de Sénégalais qui sont sans électricité.

Si nous rapportons cela au chiffre d’affaires (CA) de 2017 s’élevant à 339 milliards, ces 300.000 ménages représentent un potentiel direct d’affaire de plus de 70 milliards. Nous considérons que ces lacunes impliquent un plan d’investissement stratégique impertinent ou inexistant. L’état actuel du réseau de la Senelec très limité et vétuste en est une preuve irréfutable.

2- 307 milliards d’économies de coût du combustible de 2013 à 2017 absorbés par une gestion à risque.

Les crises financières et économiques de 2008 et de 2011 ont flambé le coût du baril de pétrole à plus 111$. La conséquence directe est la montée des charges annuelles du combustible de la Senelec à 225 milliards en 2011(soit 92 % du CA) et à 263 milliards en 2012 (soit 96% du CA). À partir de 2013, le régime de Macky Sall bénéficie d’un contexte où le prix du baril de pétrole est en constante baisse. Ce qui a permis de générer des économies de coûts du combustible considérables comparativement à 2012 :

– En 2013 : les états financiers montrent une chute de 263 milliards à 251 milliards soit 88% du CA (Baril de 109.45$ à 97.98$) et donc une économie de coût de 12 milliards;

– En 2014 : les dépenses en combustible stagnent à 255 milliards (soit 84% du CA), soit quand même une économie de 8 milliards;

– En 2015 : les dépenses en combustibles chutent drastiquement à 137 milliards soit 42% du CA (baril à 52,32$). L’économie de coût de production est de 126 milliards comparée toujours à 2012;

– En 2016 : le coût du combustible était à 163 milliards, avec une économie des coûts de production de 100 milliards ;

– Enfin 2017 : le coût augmente de nouveau à 190 milliards soit 56% du CA, avec une économie de 61 milliards.

Ainsi, il est possible de constater 307 milliards d’économies de coût du combustible dont 287 milliards réalisé entre 2015, 2016 et 2017, avec l’arrivée du directeur Mouhamadou Makhtar Cissé. À l’évidence les bénéfices nets de 12 et 36 milliards en 2015 et 2017 ne sauraient donc être imputables à une meilleure gestion de la Senelec, mais plutôt au contexte mondial.

3- L’achat d’électricité : Les ratios de 2017 identiques à ceux de 2011.

En 2011, sur 2559 GWh vendus, la Senelec n’avait produit que 1357 GWh. Ce qui signifie que les 1202 GWh restants étaient achetés (soit 46% du total des ventes). De ce fait, le contribuable sénégalais supportait le coût et la marge bénéficiaire des fournisseurs d’électricité en plus des coûts de commercialisation et de la marge bénéficiaire de la Senelec. Contrairement à la communication mensongère, les rapports annuels de la Senelec de 2017 montrent que sur une production globale évaluée 3920 GWh, les achats d’électricité représentent 1780 GWh soit 45%du total des ventes. Ce que nous pouvons retenir une paresse et une renonciation à la gestion des opérations de production par la Senelec elle même, d’où le choix facile de l’achat d’électricité, dont les surcoûts retombent sur les épaules du contribuable sénégalais.

4- La dette financière et les créances !

En 2012, les créances à recouvrer ont représenté 259 milliards du CA (soit 107 %). Cette tendance néfaste sera maintenue avec 341 milliards en 2013 (120% du CA) ; 358 milliards en 2015 (111.55% du CA) et 371 milliards en 2017 (109% du CA).

Ainsi, le mauvais recouvrement notamment auprès d’une certaine clientèle haut placée cause un problème de liquidité et de pertes majeures que le régime et l’équipe de gestion ont su couvrir grâce au contexte de baisse des coûts du combustible

De plus, les 307 milliards d’économies sont absorbés en partie par une augmentation des créances en volume de 112 milliards entre 2012 et 2017. Au même moment, la dette financière de la Senelec est passée de 246 milliards en 2011 à 309 milliards en 2017.

Au même moment la dette financière de la Senelec passe de 246 milliards en 2011 à 309 milliards en 2017. En 2017 la somme de la dette financière et non financière de la Senelec plafonne à 536 milliards soit 158% du CA qui est à 339 milliards avec notamment des frais bancaires et d’intérêt de 10 milliards par an. La gestion peu ambitieuse, inopportune de la Senelec, essentiellement basée sur l’aubaine contextuelle de la baisse du coût du combustible, se traduit aussi par une augmentation drastique du volume de la dette financière et des créances.

5- Last but not least : le doublement des charges du personnel !

En 2017, on observe une augmentation de 90% sur 12 mois des charges de personnel dans la structure des charges fixes.L’effectif passe donc de 2329 agents à 2948 agents soit 446 agents de plus et non note aucune croissance de la capacité de production ou du chiffre d’affaires. La direction de 2016 à 2017 a osé faire passer les dépenses dites « œuvres sociales » en charge du personnel et ce poste de dépense est passé de 30 milliards à 57 milliards. On comprend alors que l’économie de coût a aussi contribué à financer la promotion d’une direction politicienne qui profite ainsi d’une publicité gratuite sur le dos du contribuable.

En sommes, les cinq inférences analytiques irréfutables et soutenues des rapports comptables de la Senelec démontrent deux constats finaux :

– La tension de trésorerie de l’État, le contexte d’ajustement structurel et la contreperformance de l’économie font que le régime n’a pas une capacité d’injecter des fonds. L’État démontre ainsi une vision étriquée d’un plan d’émergence sans planification budgétaire et d’une inconsciente de la place de l’énergie comme base de l’émergence;

– L’équipe de gestion affiche des carences assumées du sens des affaires, des priorités et de la planification stratégique. L’aubaine de la baisse des coûts du combustible a camouflé une gestion paresseuse marquée par un recrutement politicien, l’achat d’électricité, l’endettement et le non-recouvrement des créances.

 

Moussa Bala Fofana – xamxam du péxè

Ancien conseiller technique du Gouvernement du Sénégal – Banquier d’affaires au Canada