Chronique du jour- flagrant aveu ou hideux reniement, Ousmane Ngom et « la politique autrement »

Dakarmidi – « J’ai décidé de faire la politique autrement, en tournant le dos à la politique politicienne ». Cette phrase est à inscrire dans les annales de l’histoire. C’est Maitre Ousmane Ngom, ancien Ministre sous Diouf, puis sous Wade et aujourd’hui dans le Macky, qui le dit, à Saint-Louis.Et il ne se rend pas compte de l’énorme bourde qu’il vient de commettre, encore une énième fois.

Il fut du pouvoir des Socialistes et puis des Libéraux. Mais avec la sinuosité de son action, il semble êtreperdu dans le labyrinthe d’un jeu politique nouveau qui exige une constance et des valeurs. Ses propos sontrévélateurs. Ils sont illustratifs d’une pratique politicienne roublardeà ne jamais prendre en exemple dans le processus de renouvellement et de rajeunissement du personnel politique.

En décidant de« faire la politique autrement en tournant le dos à la politique politicienne », Me Ousmane Ngom fait tomber définitivement son masque. Sa déclaration est très loin d’une prise d’un nouvel élan dans le champ politique. Au contraire !Elle est, soit l’aveu d’un acteur politique qui reconnait qu’il faisait une politique politicienne à d’abandonner, soit le reniement des convictions instables qui le faisaient valser d’un camp à l’autre.

Avec cet aveu qui a d’ailleurs tout d’un reniement, l’inconstance et la sinuosité se dénudent. La tortuosité politique vient de sortir d’un hospice et se dévoile, provoquant le rire par-ci, et la rage par-là. Après des décennies de pratiques politiques, après tout ce qu’il fut et tout ce qu’il fit, c’est maintenant,en 2016, que Me Ousmane Ngom, qui semble bien chercher un sanatorium dans le régime actuel, s’engage à faire la politique autrement et à tourner le dos à la politique politicienne. Mais Macky Sall devrait au moins savoir qui croit sincèrement en lui et qui cherche du pouvoir dans son pouvoir.

Des politiciens jamais assouvis

Le moment est venu de s’interroger sur les acteurs du jeu  politique sénégalais, surtout sur cesarchaïques et antédiluviens hommes et femmes d’une gourmandise politique abominable qui ne sont jamais assouvis. Ils ne sont qu’avec celui qui détient le pouvoir, trahissant le principe fondamental et sacerdotal de l’action politique.

Un acteur politique n’est crédible que s’il poursuit le bien commun en œuvrant pour la création d’un environnement humain où est offerte aux citoyens la possibilité d’un exercice réel de leurs droits et l’accomplissement de leurs devoirs dans une société en progrès permanent. Cela suppose une fidélité à des convictions, une loyauté dans l’engagement, une honnêteté dans les prises de position et une constance dans les idées. Mais ce n’est pas le cas au Sénégal.

Les acteurs politiques de ce pays sont en majorité boulimiques et faux. L’intérêt national ne les anime point. Accéder à une sinécure est leur seule préoccupation. C’est la raison de leur reniement et de leur abjecte transhumance qui infecte tout régime dirigeant vers lequel ils migrent.

Le régime APR infecté

Macky Sall avait promis une gouvernance vertueuse. La jeunesse qui a majoritairement voté pour lui en 2012 a rêvé d’une nouvelle pratique politique, avec des femmes et des hommes nouveaux, en sanctionnant les prédateurs des finances publiques, les tortueux et les patriarches dépassés et déphasés. Mais l’entrée en masse d’acteurs politiques d’hier, que les citoyens ont chassés par les Urnes et leur insertion dans l’APR et dans son régime, n’est pas vertueuse.

Sonbel élan est infecté par ces nombreux anciens politiciens du passé qui, après l’avoir atrocement combattu avant 2012, se ruent aujourd’hui vers son régime et son parti. Me Ousmane Ngom est de ceux-là. Il a été Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur quand Macky Sall traversait sa dure épopée politique. Cela veut tout dire.

Malheureusement, c’est Macky Sall lui-même qui envenime son régime et infecte son parti l’APR qui a pourtant un personnel politique sûr et crédible. Il appelle à ses cotés ceux que les Sénégalais ont éjecté par le suffrage universel, en les invitant à relever les défis du Sénégal comme si l’APR ne dispose pas de sentinelles et de bâtisseurs. Et ceux qu’il appelle à intégrer son régime sont ceux-là qui, comme Me Ousmane Ngom, déclarent avoir « tourné le dos à la politique politicienne », cette politique de conjuration et de conspiration.

« Quand on ne croit à rien… »

Le reniement politique est un vrai mal sénégalais. Ses auteurs sont ces girouettes qui opèrent de spontanés revirements ou de piteuses voltefaces,juste pour jouir d’une juteuse sinécure.  Mais que sont à cotés de cette tare flagrante de reniement suivi de mensonge et de déballages, les informités politiques qui caractérisent ces pantins du jeu politique ?

« Il faut les comprendre », répond Victor Hugo à cette question. Le 25 décembre 1852, démasque les tortueux politiques : «  quand on ne croit à rien, on est prêt à tout faire ».Et, il suffit de regarder l’architecture politique sénégalaise pour s’en rendre compte. Mais au rythme où ça continue, le régime APR s’infecte. Tout risque de finir par y être fétide, puant et abject avec l’adoubement de ceux que les Sénégalais ont rejeté au scrutin.

Cela est désarmant pour les citoyens, surtout s’il agit de personnes qui fondent leur apologie sur une volonté de « faire la politique autrement en tournant la politique politicienne » qui a retardé le Sénégal.

Le Piroguier (Rewmi)