Monsieur Raymond Hack, vous avez exprimé publiquement des réserves sur la sanction infligée au coach Pape Thiaw, que vous estimez insuffisante ; cette appréciation appelle toutefois, de notre point de vue, une analyse plus étayée quant au raisonnement qui la fonde.
Il n’est nul besoin d’être un intellectuel de haut rang pour observer que votre approche demeure réductrice. Juger, c’est d’abord comprendre les déterminants de l’acte à juger : le contexte, l’environnement institutionnel, la dynamique collective, les responsabilités partagées et les défaillances systémiques éventuelles. Or, cette lecture globale fait défaut lorsque votre analyse s’abstrait de l’écosystème pour ne retenir qu’un segment des faits, au risque d’aboutir à des conclusions imprudentes sans éclats
Pour être pleinement convaincante, votre critique devrait exposer le cheminement intellectuel qui conduit à son résultat. En clair : quelle méthodologie permet d’établir la pertinence du verdict proposé concernant Pape Thiaw ?
Pour avoir moi-même exercé des responsabilités publiques et institutionnelles où chaque décision engage bien plus que son auteur, je sais combien l’absence de méthode affaiblit même les convictions les mieux affirmées.
Un résultat, aussi affirmatif soit-il, n’a de valeur que s’il est adossé à une méthode explicite, cohérente et vérifiable. À défaut, il s’apparente davantage à une opinion qu’à une démonstration. La comparaison de sanctions, détachée de l’analyse de la nature des faits, de leur temporalité, de leur chaîne causale et de leur impact réel sur l’ordre public sportif, relève d’un raccourci analytique plus que d’une expertise avérée.
Il est, par ailleurs, surprenant que votre appréciation fasse l’économie d’un examen du sort réservé à l’ensemble des parties impliquées : organisateurs, gouvernance de la compétition, dispositifs de sécurité, responsabilités opérationnelles et arbitrales. Focaliser l’analyse sur un acteur isolé, coach Pape Thiaw, dans un système où les défaillances sont potentiellement multiples et imbriquées, conduit à une lecture partielle et fragilise la portée de votre critique.
Il convient également de rappeler que le devoir de réserve ne s’éteint pas avec la fin de vos fonctions. Pour un ancien président de la commission disciplinaire de la CAF, la parole publique conserve un poids particulier : elle prolonge l’institution et influence les perceptions.
A mon humble avis,monsieur Hack, un juge aguerri,ancien Président de la commission de discipline de la CAF,doit savoir:
-distinguer causes et effets ;
-privilégier une approche de globalité, plutôt qu’une vision simplificatrice ;
-mesurer que ses propos, même a posteriori, peuvent orienter les débats et affecter la crédibilité institutionnelle.
Oui,un ancien juge ne peut ignorer que ses mots prolongent l’institution qu’il a servie!
Ce rappel n’est ni polémique ni personnel ; il procède d’une exigence de rigueur intellectuelle et de responsabilité à laquelle nul ne devrait se soustraire lorsqu’il a, un jour, incarné l’autorité disciplinaire.
L’Afrique n’a pas besoin de sentences spectaculaires ni de comparaisons hâtives ; elle a besoin d’une justice comprise, de règles respectées, et d’un football qui rassemble sa jeunesse au lieu de l’exposer à des fractures inutiles.
C’est à cette frontière ,subtile mais décisive ,que se mesure, en définitive, la grandeur d’un juge du sport.
Je vous invite à relire Montesquieu » il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois ».
Cette maxime vaut aussi pour la parole judiciaire, y compris , et peut-être surtout, lorsqu’elle s’exprime après l’exercice des fonctions.
Œuvrons pour que le Maroc et le Sénégal continuent d’etre des pays frères,et évitons d’attiser le feu ,en hivernage généreux ,dans une forêt dense
Sportivement
