Il faut bien mesurer l’enjeu de ce match. La RDC jouera clairement son va-tout. Elle cherchera à prendre sa revanche sportive et, surtout, à mettre fin à une forme de divorce avec son public. N’oublions jamais ce qui est resté dans les mémoires congolaises : cette formule devenue presque proverbiale , « le Sénégal est maîtrisable » ,suivie pourtant d’un stade saccagé après la performance des Lions.
Cet épisode a laissé des traces profondes et a même contribué à compromettre la participation du Congo à la prochaine Coupe du monde, une compétition dont ce pays rêve depuis 1974, soit 51 ans d’attente, de frustrations et d’espérance inachevée. Dans ce contexte, la motivation congolaise sera extrême, peut-être excessive. C’est souvent dans cet excès que naissent les fragilités.
Face à une telle adversité, le Sénégal doit jouer avec sérénité, lucidité et maîtrise émotionnelle. Le temps joue en notre faveur, au regard de notre entame de compétition. Il faudra impérativement éviter d’être cueillis à froid. Miser sur des contres rapides est une option crédible, car une équipe qui attaque à outrance se découvre nécessairement. Nous pouvons accepter de subir par séquences, puis inverser le cours du jeu au moment opportun, afin d’installer le doute sur le terrain ,et au-delà.
Au vu des matchs déjà livrés par le Sénégal, l’entraîneur congolais pourrait se retrouver à court de solutions. Notre effectif, riche et varié, offre une profondeur de banc capable, à tout moment, d’orienter le match et d’en déterminer l’issue. C’est là l’un des marqueurs des grandes équipes dans une CAN.
Ce match, que l’on peut considérer comme la véritable finale de notre groupe, doit être gagné. À défaut, un nul intelligemment négocié peut suffire. L’enjeu est clair : terminer en tête de la poule. Cela permettrait d’abord d’éviter, avant la finale, le pays organisateur, car dans une compétition de cette nature, le football dépasse largement le cadre du terrain et n’est jamais strictement un onze contre onze. Cela permettrait ensuite d’écarter une confrontation prématurée avec le Maroc. Le Sénégal a les moyens sportifs de s’imposer, mais l’intensité émotionnelle, la pression populaire et le poids de l’environnement constituent des paramètres qu’il serait imprudent de sous-estimer. Enfin, finir premier offrirait l’avantage stratégique de rester à Tanger jusqu’aux demi-finales, limitant les déplacements, préservant la fraîcheur physique, renforçant la concentration mentale et optimisant la préparation des échéances décisives.
À l’évidence, nous avons une très bonne équipe. Mais une CAN ne se gagne jamais uniquement sur la qualité intrinsèque des joueurs. Elle se gagne par la capacité à résoudre, match après match, des équations complexes où se mêlent tactique, psychologie, contexte et gestion du temps.
Dans une CAN, le talent ouvre des portes, mais seule l’intelligence collective permet d’aller jusqu’au bout ; et, à ce niveau, l’arithmétique du sport finit toujours par s’imposer.
