Dakarmidi – Il y a des femmes qu’on ne remarque pas tout de suite. Elles ne cherchent ni la lumière ni les estrades. Elles travaillent. Elles tiennent debout. Elles transmettent.
Celle dont je veux parler ce matin est de cette trempe-là. Vertu, travail, patrie : trois mots que Seynabou Doucouré ne brandit pas comme des slogans, mais qu’elle habite chaque jour. À l’aube, elle est déjà à la tâche. Pas pour paraître, mais parce que servir est pour elle une façon de prier. Dans ses mains, l’effort devient dignité. Dans sa maison, l’ordre n’est pas rigidité, c’est respect. Respect des autres, respect de soi.
Patriote, elle l’est sans drapeau au balcon. Elle l’est dans l’impôt payé à l’heure, dans l’enfant éduqué avec exigence, dans le voisin secouru sans calcul. Le Sénégal, pour elle, commence par le carré de rue qu’elle nettoie et la parole qu’elle tient.
Son commerce, elle l’a bâti au marché HLM5. Un lieu qui ne trompe pas : l’effigie de Khalifa Ababacar Sy, que l’on surnomme religieusement le Diamant noir, y veille. Sous ce regard, chaque vente devient service, chaque client un prochain. Ce n’est pas une dévotion de façade. C’est une boussole. Dans les enseignements du saint homme, elle a trouvé la trame de sa vie : l’humilité dans la grandeur, la constance dans l’adoration, l’amour du prochain comme devoir. Elle ne parle pas beaucoup de lui. Elle le vit. Chaque zikr discret, chaque geste de bienveillance porte la trace de cet héritage.
Quand elle s’en ira, elle ne laissera ni fortune ni monument. Elle laissera plus rare : la preuve qu’une vie peut tenir droite sans bruit. Ses enfants garderont le souvenir d’un dos qui ne pliait pas et d’un cœur qui ne fermait jamais. Son quartier se souviendra des pas matinaux et des conseils murmurés. Et dans le silence de son zikr, le Diamant noir reconnaîtra une âme qui a marché dans ses pas. Voilà son héritage : une vertu qui ne meurt pas, parce qu’elle s’est faite chair dans le travail, la patrie et la fidélité.
Doyen Majib Sène
