Dakarmidi – Il y a dans la vie des êtres dont le destin est comparable à celui des démiurges. Dieu, comme par enchantement, leur montre le chemin de la vie et leur laisse le choix du cheminement. Tout semble leur réussir là où d’autres peinent à franchir les obstacles les plus insignifiants.
Ibrahima Gaye m’a toujours impressionné par son allant et son alacrité, mais également par son incandescence intellectuelle. Il appartient à la catégorie des journalistes talentueux dont la plume suave est constamment trempée dans l’encrier de la fécondité.
Cet homme de lettres très inspiré et ouvert aux alizés des vents fécondants, a marqué de son empreinte indélébile le journalisme sénégalais avec brio et sans candeur naïve. Bara Diouf, père fondateur du quotidien national Le Soleil, en véritable découvreur de talents, l’a sorti de l’anonymat en l’intégrant dans l’équipe rédactionnelle. Il fit sensation dans les grands reportages et dans les faits divers.
N’ayant fréquenté aucune école de journalisme, il fit son apprentissage dans le tas, bousculant ainsi une tradition bien établie. D’une intelligence phénoménale, il remplit avec un succès étonnant toutes les missions qui lui furent confiées dans le cadre que voilà.
Cerise sur le gâteau, il fut nommé directeur général dès le départ à la retraite de celui qui l’avait embauché, alors que personne ne s’y attendait. Ni grandiloquent, encore moins isolationniste et impétueux, il se montra dès le départ capable de mener la barque à bon port.
Doté d’une sagesse proverbiale et d’une capacité d’écoute très approfondie, il sut composer avec son équipe malgré quelques convulsions inhérentes à toute entreprise humaine. Je me rappelle encore ses éditoriaux qui faisaient sensation tellement ils étaient bien écrits et arrimés à la rectiligne de la réalité sociopolitique de l’époque.
Son sens de la mesure, son comportement exemplaire dans l’assumassions de ses responsabilités professionnelles et sa haute posture de dirigeant d’une entreprise assez complexe, en faisaient un modèle à copier et un exemple à imiter.
Je me rappelle encore notre petit pèlerinage à La Mecque où, en compagnie du président Abdou Diouf, nous eûmes le rare privilège de pénétrer à l’intérieur de la Kaaba et d’y prier intensément.
C’est pour moi un plaisir ineffable de lui consacrer cette chronique avec l’expression de mes pensées affectueuses.
Le patriotisme de Ibrahima Gaye est incontestable en ce sens que seul le Sénégal compte pour lui. Il lui a consacré l’essentiel de son temps tant par ses écrits que par ses actes de tous les jours.
Homme de rigueur mais aussi de serviabilité, il chemine droit mais son cœur bat toujours à gauche, fatalement comme un lit d’espérance. La jeune génération de journalistes a de qui prendre exemple, lui qui a réussi à imprimer aux parois du temps comme une écriture en incuse d’Oracle, sa prestigieuse histoire professionnelle.
Doyen Majib Sène
