Dakarmidi – Djibril Ngom fait partie intégrante de cette génération de hauts cadres sénégalais qui ont semé, sur les terres de leur chemin, de belles fleurs d’avenir. Né le 31 mars 1952 à Dakar, il appartient à cette race d’économistes formés à l’école de la rigueur, pour qui le service public n’est pas un slogan mais une astreinte. Son parcours, étalé sur quatre décennies, se lit comme un manuel de gestion de crise à la sénégalaise : des entreprises à relever, des équilibres à rétablir, des vents politiques à affronter.
L’acte I se joue en 1993 au Port Autonome de Dakar. L’institution est exsangue, traversant « les moments de déséquilibre les plus profonds de son histoire ». Le Président de la République l’y nomme avec une feuille de route d’une ligne : redresser. En deux exercices, les comptes respirent, l’outil est remis sur ses rails. Mais la technique a ses limites face au politique. En janvier 1995, il est relevé de ses fonctions après avoir défié à Pikine le candidat du Parti Socialiste, Ousmane Tanor Dieng. Première leçon d’un homme qui refusera toujours de confondre loyauté et soumission.
L’acte II est industriel et prend pour décor les Industries Chimiques du Sénégal. Il y entre en 1997 comme directeur général adjoint. En 2000, un poste de PDG est créé sur mesure. Les chiffres, sous sa gouvernance, deviennent des preuves. La production d’engrais passe de 150 000 à 300 000 tonnes. L’acide phosphorique bondit de 275 000 à 575 000 tonnes. Il hérite d’un plan de financement bancal, déséquilibré entre fonds propres et emprunts, et parvient à le boucler en allant chercher des ressources fraîches. Technocrate, oui. Mais pas hors-sol. En 2003, Vice-président Afrique de l’International Fertilizer Association, il présente en marge de l’Assemblée générale de l’ONU un projet de lutte contre la pauvreté, bâti avec le PNUD et le BIT pour les villages qui bordent les ICS. L’industrie, pour lui, n’a de sens que si elle irrigue son territoire.
Puis vient « l’Affaire ICS », ce moment où la trajectoire du manager croise la brutalité du pouvoir. Son refus de parapher des contrats qualifiés « d’or » au bénéfice d’un proche du cercle présidentiel ouvre un conflit frontal avec Abdoulaye Wade. Les contrats seront signés après son départ. Résultat : six mois de paralysie pour l’entreprise et 59 milliards de FCFA de pertes cumulées. L’épisode dit tout de l’homme et du système.
Homme de l’année 2002 au Sénégal, ancien ministre des Finances et de l’Emploi, président du comité de placement de SUNU Assurances en 2004 puis de BGFI Sénégal en 2021, Djibril Ngom n’a jamais quitté la table où se décide l’économie réelle. Son incandescence intellectuelle, sa courtoisie proverbiale et sa générosité discrète, sa grande capacité de résilience et son sens profond de l’innovation, sont les adjuvants d’une personnalité rayonnante. Homme de grandeur et parfois de noblesse, il chemine droit mais son cœur bat toujours à gauche, fatalement comme un lit d’espérance.
Dans un pays qui cherche ses modèles, il offre une équation rare : compétence sans arrogance, fermeté sans brutalité, ambition nationale sans reniement. En lui, la jeunesse sénégalaise trouve un repère qui a déjà balisé, souvent à ses dépens, les voies escarpées qui conduisent à l’émergence.
Doyen Majib Sène
