Dakarmidi – Il y a des hommes dont la trajectoire ne se raconte pas en dates, mais en fidélités. Abdoulaye Makhtar Diop est de ceux-là.
Son incandescence intellectuelle et spirituelle le place dans le landerneau des hommes d’État sénégalais au destin fabuleux. Né le 14 mars 1946 à Dakar, il entre par la grande porte de la République : École nationale d’administration, sortie en 1975, administrateur civil. Adjoint au ministère des Finances, directeur de cabinet de Lamine Diack, secrétaire général de la SONEES. En 1988, Abdou Diouf l’appelle ministre des Sports. Il dirige ensuite la SONEES, devient maire de Dakar-Plateau, puis ministre de la Modernisation de l’État en 1998. Quarante ans de service public, sans fracas, avec la constance des bâtisseurs.
Sa grande capacité de résilience est née du handball qu’il a pratiqué et dirigé avec un art consommé. Ce sport lui a appris l’endurance, le collectif, le sens du timing. On le retrouve dans sa manière de gérer les crises : jamais dans l’emportement, toujours dans la lecture longue.
En 2013, la République rend la plume. Il devient Grand Serigne de Dakar. Lébou d’une grande famille, il reprend la voix de la tradition. Et cette voix pèse. Après les tensions de juin 2023, il tranche d’une phrase : « Penser qu’aller au pouvoir ou le conserver mérite d’encourager la violence, c’est hypothéquer sa carrière et la gestion du futur ». C’est l’homme qui parle depuis 1981, depuis toutes les tempêtes traversées au cœur de l’État.
Né d’un père auréolé de gloire, il marche sur les traces de celui-ci dont l’essentiel de sa vie est incrusté sur l’écorce des baobabs tutélaires du Cap-Vert comme une écriture en incuse d’Oracle.
Il laisse partout où il est passé le souvenir d’un homme attachant, comme l’exigent les traditions de son terroir d’appartenance. Ni posture, ni reniement. Juste ce lien rare entre l’autorité moderne et la mémoire du sol.
Dans le vacarme des ambitions pressées, Abdoulaye Makhtar Diop rappelle une vérité simple : on ne bâtit rien de durable sans racine. Homme d’État, gardien des coutumes, sportif dans l’âme, il montre aux générations nouvelles qu’on peut servir le Sénégal sans se renier. Son chemin dit une chose : la grandeur ne se mesure pas au bruit qu’on fait, mais à ce qui tient debout après notre passage.
Doyen Majib Sène
