La Direction de la Protection Civile (DPC), loin d’être une simple annexe administrative du Ministère de l’Intérieur, constitue le bouclier essentiel de la Nation sénégalaise face à l’imprévisible.
Dans un contexte mondial marqué par l’urgence climatique, les pandémies et l’accroissement des risques technologiques, investir dans les capacités de résilience de notre pays n’est plus une option, mais un impératif stratégique de souveraineté.
La sécurité civile est par essence une responsabilité collective qui ne se limite pas à la réaction après coup des Sapeurs-Pompiers, mais qui englobe l’anticipation, la prévention et une coordination rigoureuse entre l’État, les collectivités territoriales et la société civile.
Le débat qui se pose aujourd’hui est celui de l’adéquation de notre dispositif actuel aux défis contemporains : Dans quelle mesure le cadre juridique et opérationnel sénégalais permet-il de garantir une réactivité optimale de la Protection Civile sur l’ensemble du territoire national, et quelles réformes s’imposent pour atteindre une pleine souveraineté opérationnelle ?
Pour répondre à cette problématique, nous articulerons notre développement en deux axes majeurs. Dans une première partie, nous examinerons les exigences de professionnalisation des équipes et de modernisation des équipements comme socle de l’autonomie opérationnelle (I. le socle opérationnel : professionnalisation et modernisation des moyens). Puis, dans une seconde partie, nous analyserons la nécessité d’un renforcement du cadre juridique et opérationnel pour instaurer une culture de la responsabilité et de l’efficacité (II. le cadre juridique et opérationnel : une exigence de souveraineté et de responsabilité).
I. LE SOCLE OPÉRATIONNEL : PROFESSIONALISATION ET MODERNISATION DES MOYENS
La professionnalisation des équipes et la modernisation des équipements sont des éléments clés pour renforcer les capacités de la Direction de la Protection Civile (DPC) et améliorer la sécurité des citoyens sénégalais.
A. LA PROFESSIONNALISATION DES ÉQUIPES
Le cœur de notre dispositif repose sur l’humain. L’élévation du niveau d’expertise des agents est cruciale :
Il conviendrait de renforcer les compétences et les capacités des agents de la DPC à travers des formations continues et spécialisées, telles que la formation en gestion de crise, en sauvetage en milieu aquatique ou en lutte contre les incendies.
Des initiatives gouvernementales récentes, via la coopération, permettent déjà d’envoyer des agents suivre des formations spécialisées à l’étranger, par exemple en France, en Chine, aux États-Unis ou au Japon, pour maîtriser les techniques de pointe, connaître les nouvelles technologies modernes utilisées dans ces pays au top du numérique et de la technologie.
Il conviendrait aussi de développer des programmes de formation pour les nouveaux agents et les équipes existantes, à l’image d’un programme de formation en gestion de risques et de catastrophes.
Nous devons pour cela mettre en place des mécanismes de motivation et de rétention des talents pour garantir la stabilité et l’expertise des équipes.
B. LA MODERNISATION DES ÉQUIPEMENTS
L’efficacité opérationnelle nécessite des outils adaptés aux risques modernes. Sur ce point, des actes concrets ont déjà été posés : le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Bamba Cissé, a récemment inauguré la 64ᵉ Compagnie d’Incendie et de Secours de Goudiry, une caserne moderne, qui s’inscrit dans un programme plus vaste d’installations à travers le pays.
Il faut poursuivre cet élan :
Nous devons acquérir des équipements de pointe pour la prévention et la gestion des risques, tels que des systèmes de détection d’incendie, des équipements de sauvetage ou des véhicules d’intervention spécialisés pour les feux de forêt.
Nous devons mettre en place des systèmes d’information et de communication pour améliorer la coordination et la réactivité des équipes, tels que des systèmes de gestion de crise et des réseaux de communication sécurisés.
Nous devons développer des infrastructures de stockage et de maintenance pour garantir la disponibilité et la fiabilité des équipements, à l’image des nouvelles infrastructures déployées.
II. LE CADRE JURIDIQUE ET OPÉRATIONNEL : UNE EXIGENCE DE SOUVERAINETÉ ET DE RESPONSABILITÉ
La sécurité des citoyens sénégalais est un droit fondamental qui impose à l’État une obligation de résultat. L’amélioration de nos capacités opérationnelles doit aller de pair avec une refonte rigoureuse de notre cadre légal, instaurant une culture de l’excellence et de la redevabilité.
A. LA NÉCESSITÉ DE L’AUTONOMIE OPÉRATIONNELLE PAR L’EXCELLENCE
Notre objectif n’est pas la dépendance à l’aide extérieure, mais l’autonomie stratégique. La nécessité de faire appel à l’armée française lors de l’incendie de l’immeuble abritant les bureaux de M. Karim Wade au Point E à Dakar a mis en lumière nos limites ponctuelles et doit nous inciter à moderniser massivement nos moyens matériels d’intervention pour être pleinement souverains et indépendants.
Les initiatives gouvernementales actuelles visent à renforcer nos propres moyens :
Nous privilégions la formation d’élite internationale : l’envoi de nos cadres suivre des formations spécialisées à l’étranger pour maîtriser les techniques de pointe.
Nous favorisons le transfert de compétences sur place : l’accueil de formateurs experts au Sénégal pour diffuser rapidement la maîtrise des nouveaux moyens de prévention et d’intervention, s’appuyant sur les accords de coopération technique déjà effectifs avec des partenaires comme la France ou via l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA).
Le Ministre de l’Intérieur, en collaboration avec le Directeur de la Protection Civile, doit mettre le paquet sur la coopération internationale ciblée pour renforcer nos moyens matériels, via l’acquisition de véhicules équipés modernes et d’autres moyens logistiques nécessaires, auprès d’entités d’autres pays leaders en sécurité civile.
Nous ciblons l’acquisition de technologies de rupture : nous devons doter nos sapeurs-pompiers d’équipements à la hauteur des enjeux modernes.
B. UN CADRE JURIDIQUE RIGOUREUX CONTRE LA NÉGLIGENCE ET POUR LE CIVISME PUBLIC
Le cadre juridique doit évoluer pour sanctionner l’inefficacité et la négligence.
Nous devons instaurer un régime de sanctions sévères : il faut prévoir des sanctions administratives exemplaires et des poursuites pénales pour faute grave ou mise en danger de la vie d’autrui lorsque la négligence est avérée.
Nous devons encourager la dénonciation citoyenne : il est nécessaire de mettre en place un mécanisme transparent et sécurisé de signalement des manquements.
La sensibilisation publique est un impératif d’efficacité : nous devons utiliser les médias pour sensibiliser les populations à un civisme élémentaire, qui consiste à dégager la voie aux secours. Rien ne saurait justifier le blocage des axes de circulation en cas d’urgence : le commerce dans les marchés, la prière dans les mosquées.
CONCLUSION ET PERSPECTIVES
Le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique a récemment effectué une visite à la Brigade nationale des Sapeurs-pompiers (BNSP) où il a pu apprécier le niveau d’équipement de la Brigade, qui a reçu un lot très important de matériels de dernière génération.
Il a saisi l’occasion pour encourager et féliciter les Sapeurs-pompiers pour leur dévouement exceptionnel, assurant de son soutien pour la réalisation des projets de construction de nouvelles casernes et le renforcement des formations spécialisées.
L’objectif est clair : rapprocher les secours au plus près des populations, donnant tout son sens à la devise des Sapeurs-pompiers : « sauver ou périr ».
En somme, la réforme de la protection civile au Sénégal nécessite l’implication et la bonne volonté de tous : les autorités de l’État, les agents de la Direction de la Protection Civile et les citoyens.
Il est essentiel que le gouvernement, dans la lignée des initiatives déjà prises, continue de fournir les ressources nécessaires, que les agents soient formés et équipés, et que les citoyens soient conscients de leur rôle. Ensemble, nous pouvons créer un Sénégal plus sûr et plus résilient face aux risques et aux catastrophes.
Président Diaraf SOW
Maître en Administration publique
Diplômé en Gouvernance Internationale de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar
Doctorant en Sciences Politiques
Président du parti ADAE/J
Contact: diarafadaej@gmail.com
