Journée mondiale sans tabac : “Seydina Limamou Lahi Al Mahdi, le pionnier de la lutte contre le tabac…”

Dans le cadre de la Journée Mondiale Sans Tabac, je profite de l’occasion pour raconter à mes chers compatriotes comment le pionner de la lutte contre le tabac dans l’Islam, je veux nommer le saint-maitre Seydina Limamou Lahi (asws) a réussi à créer des zones non-fumeurs au Sénégal depuis plus de 140 ans. En effet, après avoir lancé son célèbre Appel en 1883, le saint-maitre Seydina Limamou Lahi avait rendu « haram » (illicite) la consommation du tabac et l’avait banni de sa prestigieuse communauté religieuse appelée Ahloulahi (les partisans d’Allah).

Ainsi, chez les Ahloulahi on n’osait même pas fréquenter un consommateur de tabac (pour éviter toute influence extérieure) à moins de le faire pour l’aider à s’en départir et les consommateurs (étrangers à la communauté) de leur côté n’osaient pas utiliser le tabac dans le périmètre des localités habitées par les Layènes. Cela avait trainé à raison la célèbre réputation selon laquelle « Layène dou toukh », « Layène dou laal cigarette ».

Et à l’époque les érudits qui venaient rencontrer le saint homme pour vérifier la véracité de ses propos, lui qui avait déclaré être le Mahdi tant attendu, n’osaient pas s’approcher de lui sans s’être débarrassé de leur tabatière, leur pipe et atténuer l’odeur de tabac au préalable. La raison étant que dès le début de sa mission il était connu de tous que Seydina Limamou (asws) interdisait la consommation detabac. C’est le cas d’ailleurs du Cheikh du Gandjol Demba Yeumba Diop qui, avant sa rencontre avec le saint-maître a dû se laver dans un cours d’eau aux environs de Yoff pour se débarrasser de l’odeur de tabac avant d’enterrer son stock restant et sa pipe. Seydina Limamou en était arrivé à interdire les récalcitrants à s’éloigner des mosquées de sa communauté. Pourtant à l’époque la science elle-même prêtait des vertus thérapeutiques et curatives au tabac.

Du côté de l’Islam il n’existait aucun texte interdisant clairement le tabac (en le citant notamment) ni dans le Coran ni dans la Sounna. C’est pourquoi là où certains érudits lui donnaient juste un caractère « déconseillé » (louniu sip), d’autres le considéraient comme permis (lou dagan). Aussi, était-ce même normal, banal et même récurrent de voir un religieux musulman consommer du tabac sans problème. Il aura fallu plus d’un siècle pour que la science prouve enfin que l’industrie du tabac pour se développer a dû utiliser plusieurs substances toxiques qui entraînent une addiction à la cigarette, en plus d’être cancérigènes. Et donc en 1987 l’OMS a institué la journée mondiale sans tabac qui se tient annuellement le 31 mai « pour faire mieux connaître, partout dans le monde, l’épidémie de tabagisme et ses effets mortels. ». Aujourd’hui selon le rapport de l’OMS datant de 2019, il y a près d’1,1 milliards de fumeurs dans le monde, ce qui représente 1/7 de la population mondiale.

Chaque année le tabac tue plus de 8 millions de personnes parmi lesquels 1,2 millions qui ne sont pas des fumeurs mais des personnes involontairement exposées à la fumée. Cette fumée dégagée par le tabagisme contient plus de 7000 substances chimiques dont au moins les 250 sont nocives et au moins les 69 sont cancérigènes. C’est ainsi que le tabagisme peut entrainer la mort subite chez les femmes enceintes et conduire à la naissance de bébés prématurément. Globalement le tabagisme entraine des maladies cardio-vasculaires, des troubles respiratoires aigus, des problèmes gastriques et toute sorte de cancer dont le cancer des poumons. Enfin, il faut savoir que le tabac tue la moitié de ceux qui en consomme.

À ce stade, les savants islamiques se sont retrouvés à user du système dit « Khiyaas » ou analogie pour finir, dans leur grande majorité, par rendre « haram » ( illicite) le tabac en se basant aussi sur les extraits de versets suivants : ( ۚا۟ۤوُنِسۡحَأَ وِةَكُلۡهَّ ى ٱلت َلِ إۡمُیكِ یۡدَأِ ب۟واُقۡلُ ت َلاَ)و [Sourate Al-Baqarah 195] Et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction. ا( ی م ِحَ رۡمُكِ بَ ان َ ٱللهََّ ك َّنِ إۚمُۡكَسُنفَ أ۟اۤوُلُتۡقَ ت َلاَ)و [Sourate An-Nisa’ 29] Et ne vous tuez pas vous-mêmes. Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. À cela s’ajoute des hadiths comme le suivant : On ne doit pas faire du tort ni à soi-même, ni aux autres (rapporté par Ahmad).

Aujourd’hui des fatwas contre le tabac ont enfin été promulgués en Égypte, en Indonésie, en Iran, en Malaisie, en Oman, aux Philippines, en Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unis, etc. plus d’un siècle après que le saint-maitre des Ahloulahi, Seydina Limamou Lahi fut le premier à tirer la sonnette d’alarme par rapport au caractère “haram” du tabac comme le rappelle souvent le brillant Professeur Kassé. D’ailleurs dans son premier sermon, ne disait-il pas : ne buvez (ou n’ inhalez) que le licite. Et il précisait Les localités où vivent les Layènes à l’image de Yoff Layène, Cambérène, Malika, etc sont des zones non-fumeurs depuis près de 140 ans. Dans ces zones quand il arrive qu’un adulte venu d’ailleurs demande à un jeune de la Communauté Ahloulahi d’aller lui acheter de la cigarette, la première réponse était : “douma laal cigarette”.

La deuxième réponse étant de s’enfuir aussitôt pour en informer ses parents. Et lors des cérémonies d’enterrement on rappelle toujours l’interdiction aux consommateurs de tabac de toucher au brancard servant à transporter le défunt, fut-il leur proche parent. Comme anecdote pour étayer cette réputation nationale vieille de plus de cent ans selon laquelle les Layènes ne consomment pas de tabac, lors de la pause-café au cours d’un conseil des ministres au Sénégal, le Président Abdou Diouf s’est étonné de voir un disciple Layène politicien tenant une cigarette à la main : (Untel) Layène dina toukh? En définitive nous invitons les autorités à étudier le modèle des Ahloulahi pour mieux lutter contre le tabagisme à l’échelle nationale.