Contribution : NDOUMBÉLANE : LE ROI N’EST PAS ROI DANS SON PROPRE ROYAUME (Par Alassane Khodia Kitane)

Dakarmidi- Il était une fois, un roi accéda au pouvoir par usurpation, c’est-à-dire sans en avoir ni la prédestination ni le mérite. Par quels moyens, selon vous, ce roi accéda-t-il au pouvoir ? Et comment, pensez-vous, qu’il gouverna son royaume ?

Ce roi imposteur était en fait un valet d’autres rois avec lesquels il avait pactisé pour accéder au pouvoir. Toute son existence fut celle d’un valet, mais un jour il lui vint l’idée de succéder au dernier roi local dont il fut le valet. Sachant que ses forces étaient très en-deçà de son objectif, il alla voir dans l’au-delà du royaume dans lequel il fut valet des forces occultes pour appuyer son ascension.

Mais, comme on le sait, dans les contes et la mythologie d’Afrique noire, le pacte avec le diable comporte toujours une clause de sacrifice. Il faut sacrifier quelque chose pour avoir du diable ce qu’on désire. Et le DÉSIR devint ainsi à la fois le socle et le symbole du règne de ce roi.

Ne pouvant faire le sacrifice de la prison que font généralement les prétendants au trône de Ndoumbélane, il proposa son royaume tout entier (avec ses richesses et les biens de ses habitants) à la puissance du diable. Cependant il avait oublié quelque chose : l’appétit du diable n’est jamais complètement assouvi ; plus il en possède, davantage il en désire. Dans sa traversée du désert il accepta l’inacceptable, il fit l’infaisable : vendre son royaume pour se consoler d’un vulgaire siège. C’est ce qu’on appelle un marché de dupes. Les errements et scandales qu’il commet présentement sont prédestinés : c’est qu’il devait consentir pour payer sa dette. Ses décisions impopulaires et ses projets loufoques étonnent les gens de Ndoumbélane, mais pas lui : il sait très bien qu’il ne rend pas service à son peuple, mais il ne peut plus reculer. Cette histoire ne sera tirée au clair qu’à la fin de son règne.

Pour honorer ses engagements, il lui fallait toujours nourrir le diable, or celui-ci ne se nourrit pas de peu. Alors le valet qui voulait devenir roi fit un raisonnement sommaire : puisque l’ennemi de ton ennemi est ton ami, je vais priver de liberté tous ceux qui constituent potentiellement ou effectivement un danger pour les intérêts de mes maîtres bienfaiteurs. L’hostilité morbide qu’il a envers les ennemis des intérêts de ses maitres est entretenue par son goût immodéré pour le pouvoir auquel il a fini par s’identifier. Dans les tréfonds obscurs de l’âme du roi de Ndoumbélane, le DÉSIR et l’ENVIE de régner constituent les images archétypales qui irradient sa vie et déterminent ses actes les plus conscients. Attention aux désirs et aux envies de sa majesté le roi de Ndoumbélane !

Ce valet de roi devenu roi sans royaume réel ne pouvait régner que par la force brutale, par la négation de ce qui constitue l’essence des hommes libres, parce que l’existence même des hommes libres le gêne. La prison est le symbole de sa force, de son règne : quelle déchéance ! Il ne pouvait s’imaginer roi que par l’inondation de son royaume par le sang de ses adversaires dans la conquête ou la conservation du trône. Le propre du DÉSIR c’est qu’il ronge à la fois son objet et sa source : le désir ronge la personnalité lorsqu’il n’est pas assujetti aux normes de la conscience ; le désir vise le plaisir, mais celui-ci suscite le déplaisir. Pour susciter de nouveaux goûts, il faut encore provoquer le DÉSIR en changeant ses objets : telle la psychologie d’un roi qui doit tout à l’étranger. Ne soyez donc pas étonnés si demain, ce roi sans royaume nous sort de son chapeau magique un projet consistant à indemniser les investisseurs de son royaume pour service rendu à l’asservissement de son peuple.

Le casse-pied de Ndoumbélane.

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