À quelques jours de l’événement annoncé par Ousmane Sonko au Grand Théâtre, prévu ce 28 novembre, une voix s’élève pour dénoncer ce qu’elle considère comme une dérive. Antigone, coordinatrice du collectif citoyen Rappel à l’Ordre (RAL), accuse le leader du Pastef de vouloir transformer les 87 victimes des violences socio-politiques en « martyrs » afin d’en faire un élément de mobilisation politique.
Dans une déclaration transmise à la presse, elle affirme :
« Nos morts ne sont pas des slogans. Ils ne sont pas là pour remplir un meeting. »
Une dénonciation directe adressée à Sonko
Antigone reproche à Ousmane Sonko d’invoquer aujourd’hui des victimes qu’il n’a jamais accompagnées, selon elle, dans leurs moments les plus sombres.
« Quand les familles enterraient leurs enfants, vous n’étiez nulle part. Quand il fallait soutenir les veuves et les orphelins, vous étiez silencieux. Aujourd’hui, vous les appelez martyrs ? »
Elle estime que l’usage de ce terme est « trompeur » et « dangereux » :
« Ils n’ont pas choisi de mourir. Ils n’ont pas décidé de sacrifier leur vie pour un combat. Ils ne sont pas mort pour la république mais pour les caprices d’un homme. Ce ne sont pas des martyrs, ce sont des sacrifiés. »
Un travail de mémoire loin des caméras
Le collectif Rappel à l’Ordre mène depuis 2024 un projet de mémoire visant à lutter contre l’oubli et l’impunité. Fresques murales, assistance ponctuelle aux familles, mobilisation citoyenne : un travail discret, souvent nocturne.
Antigone décrit un engagement qui s’est construit sans soutien politique :
« Quand nous passions des nuits à peindre des visages sur les murs pour que le pays n’oublie pas, où étiez-vous ? Quand on parcourait les villages et les quartiers pour rencontrer les familles, qui était avec nous ? »
Selon elle, RAL a dû financer des actions de solidarité avec des ressources limitées :
« Nous avons payé l’école des enfants de Baba Cana avec nos propres moyens. Aucun parti n’a tendu la main. »
Il y’a le cas de Bounama Sagna, 14 ans tué a Bignona
Le nom de Bounama Sagna, 14 ans, revient à plusieurs reprises dans le discours d’Antigone. Tué alors qu’il jouait avec ses amis, il demeure l’un des symboles les plus douloureux des violences passées.
« Bounama ne manifestait pas. Il ne militait pas. Il jouait. Sa mère a pleuré seule. Personne n’est venu. Où étaient les responsables politiques ? », questionne-t-elle.
Refus d’une récupération politique
Antigone assure que RAL ne s’oppose pas aux commémorations ni aux initiatives de mémoire, mais à ce qu’elle interprète comme une instrumentalisation.
« Nous ne permettrons pas que leur mémoire devienne un outil de propagande. Nous ne voulons pas que leurs visages apparaissent comme décor d’un discours politique. »
Le collectif rappelle que son combat vise :
• à éviter l’oubli,
• à documenter les événements,
• à demander l’abrogation des textes empêchant de situer les responsabilités,
• et à réclamer justice pour les familles.
À lutter contre l’impunité
Un appel final : « Laissez nos morts tranquilles »
Antigone conclut son appel par un message direct :
« Si vous ne venez pas rendre justice, alors ne revendiquez pas nos morts. Laissez-les en paix. Ils n’appartiennent à aucun parti. Ils appartiennent à leurs familles et à la vérité. »
Le collectif Rappel à l’Ordre prévoit de poursuivre ses actions de terrain dans les semaines à venir, en réaffirmant son indépendance et son refus de toute exploitation politique des victimes.
La voix d’Antigone se fait plus lourde, presque brisée, lorsqu’elle évoque les efforts du collectif pour soutenir certaines familles oubliéess.
Nous ne faisons pas de discours. Nous faisons ce qu’il faut. C’est ça, honorer nos morts. »
Antigone affirme que Rappel à l’Ordre n’a pas vocation à servir de marchepied politique :
« Notre lutte est simple : empêcher l’oubli et briser l’impunité. Rien d’autre. »
