« Un pays ne se construit pas dans le divertissement, le jeu ou la plaisanterie » des propos du Khalif Serigne Mountakha imbus de sens

Dakarmidi- Des propos du Khalife Général de la communauté mouride, Serigne Mountakha Bassirou à l’occasion de la cérémonie officielle du Grand Magal de Touba 18 Safar passé et qui demande une analyse et méditation sérieuses pour tout citoyen soucieux de l’avenir du pays qui de nos jours sombre dans une crise des valeurs, une dégradation des mœurs.

J’irai même plus loin en disant qu’une vie ne se bâtit point sur le divertissement, l’amusement et la plaisanterie. Et les grandes nations en sont un exemple phare, si nous voulons atteindre le salut souhaité, il faut comme le disait Abdoulaye Wade : « Travailler, encore travailler, plus travailler et toujours travailler » . Malheureusement tel n’est pas le cas, et nous passons une grande partie de nos temps aux futilités et surtout à ce qui fait l’actualité de nos jours : les insultes, injures et et invectives dans les réseaux sociaux. Et pourtant dans le Coran au verset 115 de la Sourate 23 Allah dit : « Pensez-vous que Nous vous avions créés sans but…… » Certes non parce qu’il poursuit dans la Sourate 51 au verset 56 : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. » Ainsi l’adoration de Dieu englobe tout ce à quoi peut tendre un individu, à tous les aspects de sa vie.

Je pense que quand on n’apprend pas à son peuple comment construire ou bâtir une nation, je le dis parce que à la question comment construire un pays ? l’éducation à mon humble avis est la base et le socle qui sous-tend toute construction humaine, il faut éduquer la personne pour qu’il sache son devoir et ce qui l’attend dans cette vie, aussi comme disait Louis Marie de Lahaye de Cormenin dans son ouvrage intitulé Très humbles remontrances de Timon (1838) :

« Les hommes naissent tous à peu près avec les mêmes facultés et les mêmes penchants ; l’éducation seule fait la différence de nos vertus et de nos talents. »

Parce ce que si ses penchants sont orientés au jeu, divertissement ou à la plaisanterie, malheur à nous ou à ceux qui se réveilleront dans une telle nation.

Ainsi la citation de Serigne Mountakha loin d’être ex nihilo est le fruit d’un constat qu’anime nos quotidiens qu’on le veuille oui ou non, le civisme est devenu presque absent dans les programmes scolaires.

Imaginer les conséquences d’un absence de civisme dans une nation ce que traduit pour moi les propos de Serigne Mountakha, une crise de la citoyenneté selon certains qui est  marque de ce que Valérie Campion exprime en ces termes :

L’incivisme gagne de plus en plus de terrain dans la mesure où les parents ont démissionné de leurs rôles d’éducateurs.  D’autre part,  il y a une culture de l’excuse empêchant de sanctionner les agissements de certains citoyens
Les manifestations sont multiples :

  • Combien de personnes parmi nous respectent la queue dans un service public ou un lieu quelconque ?
  • Combien de bus saccagés par les étudiants ?
  • Combien de vies abrégées à cause de « chauffards »
  • Combien de murs transformés en urinoirs ?
  • Combien de déjections de chiens devant les portes des voisins ?
  • Combien de mégots de cigarettes, dans les rues, dans les jardins publics, sur la plage ?
  • Combien d’ élèves menacent et font preuve d’insolence verbales et gestuelles à l’encontre de leurs professeurs ?
  • Combien de sachets ou bouteilles plastiques sont jetés par terre alors que les corbeilles sont tout près  ?
  • Combien de graffitis sur les façades ?
  • Combien de décharges sauvages ?
  • Combien de ministres, directeurs de société qui sont sensés nous diriger sont auteurs d’insultes à la télévision ?

L’incivisme est la gangrène des temps modernes et les causes en sont moults et sont entre autres :

  • la faillite de l’éducation parentale,
  • l’abandon de l’éducation religieuse censée inculquer les valeurs morales et spirituelles,
  • L’abandon ou le dénie de l’éducation civique à l’école,
  • La démission des éducateurs qui fuient leur responsabilité sous divers prétextes,
  • la dépravation des mœurs,
  • La démission des chefs investis de pouvoirs qui refusent de les assumer ou qui les exercent avec faiblesse, laxisme et manque d’autorité.

Ces manifestations se traduisent par

  • la perte des valeurs morales telles que la dignité, l’honneur, l’honnêteté et l’intégrité.
  • La révolte ou le refus de l’ordre établi au niveau familial, scolaire, social, et professionnel se traduisent par des actes plus ou moins graves :
  • Tendance à l’agressivité et à la confrontation provoquant des situations conflictuelles, familiales, sociales et professionnelles
  • Luttes, provocations diverses, manifestations  de rue, casses.
  • Rejet de la conscience professionnelle
  • Mépris de l’éthique qui conduisent à toutes les formes de dysfonctionnement et de mauvaise gouvernance que nous réprimons tous  à savoir les détournements de deniers publics, la corruption et la fraude.

L’héritage de nos valeureux ancêtres n’est point ce que nous vivons à l’heure actuelle – ou est passé le ‘’Joom’’, ‘’ Foula’’ et le ‘’ Fayda ‘’ des fiers et illustres fils de la république.

Le journaliste Nagib SAGNA dans une analyse consacrée à la perte des valeurs au Sénégal souligne qu’aujourd’hui, les pressions du monde contemporain forcent de nombreux adultes à abandonner leur culture traditionnelle. Et ils ont alors du mal à transmettre leur patrimoine culturel aux jeunes générations. De nouveaux modes de vie, donnés en exemple à l’échelle mondiale, ne correspondent pas souvent aux réalités locales. Par exemple, l’importation d’une culture de consommation, en général incompatible avec les besoins du développement, suscite des aspirations irréalistes et multiplie les frustrations, particulièrement dans la jeune génération, constate-t-on. Les jeunes ont de plus en plus l’impression qu’ils n’auront pas une vie adulte responsable et pleinement épanouie, en raison de l’inadaptation des systèmes d’éducation – en particulier pour les filles et les jeunes femmes du manque de possibilités de formation et du chômage chronique.

Cependant quand nous manquons de repères nous allons forcément penser que c’est le modèle occidental ou d’ailleurs qui va construire la nation avec le jeu, le divertissement et la plaisanterie comme fondements.

Non, « UN PAYS NE SE CONSTRUIT PAS DANS LE DIVERTISSEMENT, LE JEU OU LA PLAISANTERIE » et merci Serigne Mountakha de l’apprendre et merci encore une fois pour cette vérité qui ne nous surprend guère chez toi.

Il est encore possible de restituer nos valeurs : Amour du prochain, Union, Entraide, Discipline, Respect des règles sociales (étatiques, religieuses et morales), Charité, Générosité, Hospitalité, Éducation, Suprématie de la collectivité sur l’individu, Solidarité responsable, Respect des ainés, vieillards et invalides, etc.

Aussi, les instances politiques devront être fidèles à leurs « promesses de changement » et réorganiser les structures socio-économiques appropriées de manière à placer les sénégalais dans des conditions d’existence décentes. Il est indispensable de placer les enfants (et donc les parents) dans les conditions d’existence nécessaires à leur développement harmonieux avant de les éduquer aux valeurs. Il leur faut une bonne santé mentale, physique, des conditions matérielles adéquates, une nourriture équilibrée, etc. Il faut une prise de conscience de cette crise morale de la jeunesse sénégalaise. Lutter contre le déracinement car il n’y a plus riche que nos cultures et traditions. « Tout n’est pas bon à jeter chez les autres », mais « dafa ame louniou djigoul » martèle un confrère de Rewmi,

Last but not least, chers amis et loin d’être un donneur de leçon c’est juste une contribution parce qu’il faut protéger nos racines comme la famille, revivifier nos idéaux, recréer le lien social national, et être à l’écoute du transcendant, c’est-à-dire des messages du religieux.